Le Retour des Boutiques de Faux Médicaments : Une sérieuse menace pour la Santé Publique en Guinée.
La réouverture successive des boutiques de faux médicaments se multiplie rapidement dans de nombreuses préfectures de Guinée ces derniers temps.
De Kankan à Dabola, en passant par Mamou, Faranah, Beyla, jusqu’à Coyah Centre, des vendeurs de produits pharmaceutiques contrefaits, malgré la volonté affirmée du Président de la Transition, le Général de Corps d’armée Mamadi Doumbouya, de lutter activement et sans relâche ni état d’âme contre ce fléau, continuent de prospérer, au vu et au su de tous les acteurs de la santé.
Ces commerces illégaux sont en totale contradiction avec les efforts déployés par les autorités de la transition depuis la prise effective du pouvoir en septembre 2021 pour éradiquer ce phénomène dangereux qui menace gravement la santé publique.
La réouverture en série de ces boutiques de faux médicaments est-elle liée à des failles dans la régulation, à un manque de moyens pour mettre en œuvre des actions répressives efficaces contre ces pratiques, ou simplement à l’insuffisance de pharmacies privées dans l’intérieur du pays ?
L’ampleur de ce problème soulève de nombreuses questions sur la capacité du ministère de la Santé à contrôler ce secteur, pourtant crucial pour la sécurité sanitaire des Guinéens.
La persistance de ce marché parallèle illégal souligne également la nécessité d’une sensibilisation accrue, visant à encourager l’installation de pharmaciens dans les villes de l’intérieur du pays, tout en renforçant la capacité opérationnelle de la Pharmacie Centrale de Guinée pour mieux approvisionner les services de santé selon la pyramide sanitaire de notre pays.
Cela permettrait de lutter efficacement contre la prolifération des médicaments contrefaits et de prévenir leurs conséquences dévastatrices sur la santé de la population guinéenne.
Si le ministre de la Santé ne prend pas les mesures drastiques, comme il l’a fait par le passé, nous risquons de retomber dans les mêmes problématiques qu’hier. On a l’impression que ces cartels s’organisent pour contourner nos stratégies.
Pour une lutte plus efficace contre ce fléau, il est important de rappeler que toutes les entités du secteur doivent être impliquées dans une synergie d’actions.
Cela doit nécessairement passer par l’installation de l’Ordre des pharmaciens, la remobilisation des équipes de la Direction Nationale de la Pharmacie et des Médicaments, l’assistance de la gendarmerie, de la douane et de la police, le tout coordonné sous le leadership du ministre de la Santé.
Cette période de transition représente une véritable aubaine, la meilleure occasion pour mettre fin définitivement à la vente illicite de médicaments en République de Guinée.
Les militaires ont véritablement la volonté de nous aider à nettoyer en profondeur notre secteur. Ils comprennent les enjeux du monopole pharmaceutique, et il revient à notre corporation de jouer son rôle minimum : sensibiliser, agir de bonne foi, ouvrir des officines et renforcer les capacités du personnel.
Très chers confrères pharmaciens, n’abandonnons pas ce combat, dénonçons ces fauteurs de troubles et tous les pharmaciens qui jonglent entre les deux mondes, démantelons-les pour sauver notre avenir.
Ne soyons pas de simples observateurs, accompagnons le ministre et tous les acteurs impliqués dans cette lutte. Notre silence pourrait être perçu comme une complicité, une forme de recul, voire un silence coupable, car ne rien dire, c’est déjà une réponse.
Ce qui reste clair comme de l’eau de roche, c’est que nous devons comprendre que ni les médecins, ni les infirmiers, ni les laborantins, personne ne fera ce combat à notre place. Nous devons être l’alpha et l’oméga de ce combat légitime et légal contre ce fléau.
Comme le disait un sage : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort, seule la lutte libère. »
En tout cas, notre avenir est clairement en jeu en ce moment. À nous de lever la tête, la main sur la poitrine, et de regarder le soleil pour dire : Si un mécanicien ne peut être un médecin-chef dans un service de chirurgie, un commerçant ne peut être un pharmacien. Désormais, nous garderons jalousement notre monopole pharmaceutique.
Que Dieu bénisse la famille pharmaceutique guinéenne !
Dr. Karamo Kaba
Pharmacien-Enseignant chercheur-Écrivain
Spécialiste en Gestion des Services de Santé
Tatakaba66@gmail.com