Dormir dans le noir : un nouveau geste de prévention cardiovasculaire ?
Nous parlons quotidiennement d’activité physique, de pression artérielle, de LDL-cholestérol, de diabète ou de tabac. Mais faudra-t-il désormais ajouter l’obscurité nocturne à notre arsenal de prévention cardiovasculaire ?
Une étude publiée le 9 septembre 2026 dans l’European Heart Journal apporte des données particulièrement intéressantes sur l’exposition à la lumière pendant la nuit.
Les auteurs ont étudié 11 071 participants de la UK Biobank, dont l’exposition lumineuse nocturne avait été objectivement mesurée par capteur au poignet, avec réalisation secondaire d’une IRM cardiaque.
Le constat est frappant : une exposition nocturne élevée à la lumière (>3 lux), comparativement à l’absence d’exposition, était associée à un remodelage cardiaque défavorable :
augmentation de la masse ventriculaire gauche et de l’épaisseur pariétale ;
diminution de la myocardial contraction fraction ;
altération du strain longitudinal, circonférentiel et radial ;
modifications également observées au niveau du ventricule droit et de l’oreillette gauche.
Plus intéressant encore, il existait une relation dose–réponse linéaire : plus l’exposition nocturne augmentait, plus les anomalies étaient importantes.
Et qu’en est-il des événements cardiovasculaires ?
Dans une population élargie de 73 286 participants, suivis pendant 8 à 10 ans, une forte exposition lumineuse nocturne était associée à :
+29 % d’insuffisance cardiaque
+15 % de fibrillation atriale
+24 % d’infarctus du myocarde
+33 % d’AVC
+26 % de mortalité cardiovasculaire
Une partie de ces associations — environ 24 à 49 % selon les paramètres — était statistiquement médiée par une durée de sommeil plus courte.
Il s’agit toutefois d’une étude observationnelle : elle montre des associations et des mécanismes potentiels, mais ne démontre pas que la lumière nocturne est directement responsable de ces événements.
Le message pratique
La prévention cardiovasculaire ne se joue peut-être pas uniquement dans nos artères, notre alimentation ou nos prescriptions. Elle pourrait également commencer… dans notre chambre à coucher.
Réduire les sources lumineuses nocturnes, préserver l’obscurité et respecter une durée suffisante de sommeil constituent des mesures simples, cohérentes avec une bonne hygiène circadienne.
Après “Exercise is Medicine”, faudra-t-il bientôt dire : “Darkness is cardiovascular prevention” ?