La mainmise du syndrome métabolique sur les douleurs de l’arthrose de la main
Le rôle du syndrome métabolique dans la pathogénie des douleurs arthrosiques reste à la fois mystérieux et débattu. Les articulations porteuses sont exposées à une souffrance liée au surpoids et la survenue de douleurs articulaires peut se comprendre, même si cette association ne fait pas l’unanimité.
Il en va autrement pour les articulations non porteuses et l’arthrose de la main constitue à cet égard un exemple particulièrement pertinent.
Une émanation de la cohorte hospitalière DIGICOD
Une étude transversale apporte son éclairage. Ont été inclus 352 patients (85 % de femmes, âge moyen 66,4 ± 7,4 ans) issus de la cohorte française DIGICOD et suivis à l’hôpital Saint-Antoine, tous atteints d’une arthrose de la main avérée.
La douleur arthrosique a été évaluée à l’aide de trois scores : échelle visuelle analogique (EVA), questionnaire Australian/Canadian Hand Osteoarthritis (AUSCAN) et échelle Arthritis Impact Measure Scale 2 (AIMS2). Le syndrome métabolique, pour sa part, a été défini d’au moins trois des critères de l’ATP III (Adult Treatment Panel III): périmètre abdominal élevé, triglycérides élevées, HDL-cholestérol bas, hypertension artérielle, diabète. Deux groupes ont été constitués et comparés, selon l’existence ou non d’un syndrome métabolique.
Les données ont été traitées au moyen d’analyses multivariées avec des ajustements prenant en compte l’âge, le sexe, la sévérité des signes radiologiques (selon le score de Kellgren et Lawrence) et l’anxiété/dépression (échelle HADS, Hospital Anxiety and Depression Scale).
Association entre douleur arthrosique et syndrome métabolique
C’est ainsi qu’a été mise en évidence une association significative entre le syndrome métabolique (présent chez 36 % des participants) et l’intensité des douleurs liées à une arthrose de la main, quelle que soit la méthode d’évaluation de ces dernières : (i) EVA lors d’une activité : OR = 1,61 [IC 95 % : 1,02–2,57] ; (2) douleur globale selon AIMS2 : OR = 1,85 [1,14–2,99] ; (3) sous-score AUSCAN ajusté : OR = 1,66 [1,05–2,62].
Cette dernière association a néanmoins perdu de sa significativité après ajustement selon les scores obtenus sur l’échelle HADS (OR 1,56 [0,98–2,48]). L’élévation des taux sériques de triglycérides, un composant du syndrome métabolique, a été significativement associée aux scores obtenus sur l’échelle AIMS2 (OR 2,58 [1,09–6,07]).
En revanche, aucune association significative n’a impliqué l’indice de masse corporelle indépendamment des autres variables d’intérêt.
Cette étude transversale établit des associations significatives entre le syndrome métabolique et les manifestations douloureuses qui caractérisent l’arthrose de la main, indépendamment des lésions structurelles révélées par la radiographie et des troubles anxiodépressifs.
L’obésité per se n’influe pas sur ces associations, l’IMC étant statistiquement hors-jeu. Dès lors, comment expliquer de tels résultats autrement que par l’intervention d’un processus méta-inflammatoire systémique reposant sur les adipokines et d’autres biomarqueurs de l’inflammation potentiellement impliqués dans la douleur arthrosique ?
La nature transversale de l’étude ne permet pas cependant d’assimiler l’association établie à un lien de causalité, de sorte que d’autres études, de préférence longitudinales, sont nécessaires pour étayer les hypothèses suscitées par ce travail. D’autant que le concept « métabolisme-inflammation et douleur », pour séduisant qu’il soit, reste complexe et fragile à l’aune des données actuelles.
Source : JIM