La Guinée doit renforcer les conditions de travail du personnel hospitalier, optimiser la gouvernance et améliorer la gestion des urgences pour garantir une meilleure protection sanitaire des populations.

La Guinée doit renforcer les conditions de travail du personnel hospitalier, optimiser la gouvernance et améliorer la gestion des urgences pour garantir une meilleure protection sanitaire des populations.

I- État des lieux

En 2022, selon Atlasocio, la Guinée a été classée 181e pays sur 195 en matière d’indice de développement humain (IDH). Cette position témoigne des défis importants auxquels le pays fait face en matière de développement social et économique.

Le personnel hospitalier guinéen est souvent considéré comme le « parent pauvre » des institutions publiques. Selon la Loi de Finances Initiale (LFI) pour 2023, le budget alloué au secteur de la santé était de 1 672 561 764 000 FG, réparti entre les dépenses de personnel, de biens et services, de transferts et d’investissements. 

Cette somme semble dérisoire comparée aux budgets de santé d’autres pays de la sous-région. Par exemple, en 2023, le Sénégal a alloué 272 474 429 114 CFA, la Côte d’Ivoire 620 733 241 304 CFA, le Bénin 125 785 961 000 CFA et le Togo 138 milliards CFA.

Aujourd’hui, notre secteur médical souffre non seulement d’un manque de personnel, particulièrement dans les zones rurales, mais aussi de conditions de travail précaires. 

Les médecins, sages-femmes, pharmaciens et infirmiers rencontrent de nombreuses difficultés financières, leurs salaires mensuels étant souvent insignifiants. 

Cette situation pousse certains professionnels à chercher des solutions alternatives, comme le travail parallèle dans le secteur privé, ce qui a conduit à une prolifération anarchique de cliniques privées dans nos quartiers.

Cette croissance désordonnée des cliniques privées constitue un élément clé de la dégradation du système de santé en Guinée. 

Un personnel de santé qui vit une instabilité financière extrême est non seulement peu productif et corruptible, mais également démoralisé, ce qui impacte directement la qualité des soins offerts à la population. 

Il est urgent d’améliorer les conditions de travail et de revaloriser les salaires du personnel de santé, ainsi que d’intégrer certains agents à la fonction publique après tant d’années dans nos hôpitaux sans situation administrative claire, afin de garantir un accès équitable aux soins pour tous les Guinéens.

II- Renforcement des équipements sanitaires

Un service médical sans équipements est naturellement obsolète du point de vue des performances. Un médecin sans équipements médicaux ou infrastructures sanitaires adaptées est comparable à un soldat sans armes, comme une mosquée sans imam. 

Il est important de souligner que les services de santé de base de notre pays manquent cruellement de certains équipements modernes. 

Il suffit de visiter certains hôpitaux préfectoraux, comme ceux de Kérouané, Mandiana, Dabola, Pita, Beyla, et d’autres centres de santé, comme le CS de Senkefara, de Salamani et de Balandou dans la préfecture de Kankan. Le CS de Tiro, de Passaya et de Bendou dans la préfecture de Faranah. 

Il y a quelques années, aucun hôpital public de l’intérieur du pays ne disposait d’un seul centre de dialyse moderne ou de scanners de dernière génération. Cette situation limite gravement la qualité des soins disponibles pour la population. 

Il est impératif d’assurer un approvisionnement régulier en matériel médical et en médicaments par le biais de la centrale d’achat, « Pharmacie Centrale de Guinée », tout en garantissant une gestion financière rigoureuse. 

Un système de gestion efficace permettrait non seulement d’améliorer l’accès aux soins, mais aussi de générer des bénéfices pour nos hôpitaux. Ces bénéfices pourraient contribuer à rehausser les conditions de vie du personnel médical, favorisant ainsi une meilleure rétention et motivation des professionnels de santé.

III- Formation continue du personnel médical et paramédical :

Pour garantir une gestion optimale de nos infrastructures sanitaires et offrir un cadre de soins adéquat à la population, la formation continue de notre personnel médical et paramédical est essentielle. 

Cela inclut des sessions de formation sur les nouvelles technologies médicales, la maîtrise des grandes épidémies, ainsi que des programmes de sensibilisation aux meilleures pratiques en matière de soins et de gestion hospitalière. 

Investir dans la formation du personnel médical guinéen permet d’améliorer les compétences et la confiance des professionnels de santé, ce qui se traduit par une meilleure qualité de soins. 

De plus, des formations spécifiques favorisent l’adoption de protocoles modernes et l’intégration des innovations médicales, comme la télémédecine, essentielles pour faire face aux défis sanitaires actuels. 

Il est également nécessaire de promouvoir des opportunités de développement professionnel, telles que des conférences, des ateliers et des séminaires à l’étranger, afin d’enrichir l’expérience des professionnels de santé de notre pays.

IV- Amélioration de la gouvernance des structures sanitaires :

Pour améliorer la gouvernance de notre système de santé, le ministère de la Santé doit instaurer un processus transparent de prise de décision, afin de renforcer la responsabilité et la reddition de comptes au sein de nos services de santé. 

Cette transparence est essentielle pour instaurer la confiance parmi les professionnels de santé et la population, et pour garantir que les ressources sont utilisées de manière efficace. 

Il faut privilégier la digitalisation de nos services de santé, ce qui permettrait d’optimiser la gestion des ressources et d’assurer un suivi rigoureux des recettes et des dépenses, en veillant à ce que le directeur de l’hôpital et son équipe n’utilisent pas les recettes de l’hôpital à des fins personnelles.

La mise en place de systèmes numériques peut améliorer la collecte des données, faciliter l’accès à l’information et renforcer la coordination entre les différentes structures de santé. 

Il convient de reconnaître et d’encourager les gestionnaires de certains hôpitaux publics, comme ceux de Kankan et de Kindia, qui ont déjà fait preuve d’innovation dans leurs pratiques de gestion. 

Leurs initiatives peuvent servir de modèles pour d’autres établissements, favorisant ainsi un échange de bonnes pratiques et l’adoption de solutions créatives pour surmonter les défis.

VMotivation du personnel de santé :

La motivation du personnel médical et paramédical doit passer par des primes d’encouragement et des systèmes de récompense. 

Chaque service de santé, selon la pyramide sanitaire, devrait mettre en place un programme annuel visant à reconnaître et à récompenser les cadres qui se distinguent par leur professionnalisme et leur engagement. 

Cette reconnaissance valorise le travail accompli et renforce l’esprit d’équipe et la satisfaction au travail. Il faut également mettre l’accent sur le recrutement de tous les agents médicaux (médecins, pharmaciens, infirmières, sages-femmes, ATS, biologistes) ayant passé plusieurs années dans les différents services de nos hôpitaux. 

L’intégration de nouvelles recrues apportera des compétences nouvelles et des idées innovantes, contribuant ainsi à revitaliser le secteur de la santé.

Pour conclure :

Optimiser la gouvernance de nos services de santé est essentiel pour offrir à la population l’accès à des soins de qualité. Cela passe par une gestion transparente et efficace des ressources, ainsi que par un engagement à rehausser les salaires du personnel médical. 

En investissant dans la formation, la motivation et les infrastructures, nous pouvons créer un environnement propice à la santé, renforçant ainsi la confiance de la population dans le système de santé de notre pays.

Dr. Karamo Kaba  

Spécialiste en Gestion des Hôpitaux et Services de Santé. 

Pharmacien Rétrovirologue, Enseignant-Chercheur, Consultant  – Ecrivain. 

Tatakaba66@gmail.com

actusantemag

Site santé

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture