Quelle protection contre la coqueluche chez les femmes enceintes vaccinées uniquement durant leur enfance ?
Depuis le début de l’année 2024, on assiste à une reprise de la circulation de la coqueluche en France et en Europe. La vaccination contre la coqueluche est obligatoire chez le nourrisson à 2, 4 et 11 mois mais ne confère pas une immunité sur le long terme pas plus que l’infection naturelle. L’absence d’anticorps protecteurs chez les jeunes nourrissons est due à un transfert transplacentaire insuffisant des anticorps maternels et au fait que le vaccin ne peut être administré avant 6 semaines de vie.
Aussi, il est recommandé de vacciner les femmes enceintes à partir du 2ème trimestre afin d’obtenir une immunité du nouveau-né par voie transplacentaire. Il a été montré que le vaccin anti-coqueluche acellulaire est sûr et immunogène pour la mère et l’enfant. En son absence, la protection du jeune nourrisson dépend du taux d’anticorps maternels et de l’efficacité de leur transfert transplacentaire. Les données sur l’immunité des femmes enceintes vaccinées durant leur enfance uniquement sont très limitées.
Une étude portant sur près de 400 femmes vaccinées durant leur petite enfance
Une étude turque a inclus 396 femmes enceintes admises dans 4 services d’obstétrique et gynécologie, 2 à Istanbul, un à Izmir, un à Eskisehir. Les facteurs d’exclusion étaient les anomalies structurales majeures et chromosomiques du fœtus, des symptômes de coqueluche chez la mère, une transfusion ou un traitement immunosuppresseur dans les 6 mois précédents l’étude.
Les paramètres obstétricaux, l’existence d’une vaccination anti-coqueluche pendant la grossesse ont été enregistrés. Des échantillons de sang ont été collectées chez les femmes enceintes et au sang du cordon des nouveau-nés. Les anticorps IgG antitoxine et anti-hémagglutinine filamenteuse de Bordatella pertussis ont été dosés par méthode ELISA.
L’âge moyen était de 28,9 ± 5,9 ans (17-45 ans), la durée médiane de gestation de 38 semaines (25 à 42) et le poids de naissance médian de 3 207 g (de 980 à 4715) ; 216 (54,5 %) étaient des filles et 54 (13,6 %) étaient prématurés. L’accouchement a eu lieu par voie basse dans 53 % des cas, par césarienne dans 47 % de cas.
Les mères dont le taux d’anticorps antitoxine et anti-hémagglutinine était inférieur à 40 UI/mL ont été classées dans un groupe I non protégé et celles dont le taux était efficace > 40 IU/mL dans le groupe II. Elles avaient été vaccinées contre la coqueluche entre 18 et 24 mois et à partir de 2010 un rappel avait été institué dans le calendrier vaccinal mais le temps écoulé depuis la dernière vaccination était comparable dans les 2 groupes. Aucune mère n’avait été vaccinée pendant la grossesse.
Une protection anti-coqueluche efficace chez seulement 6,4 % des femmes
Le taux des anticorps antitoxine dans le sang des femmes enceintes était inférieur à 5 UI/mL pour 58,8 %, compris entre 5-40 UI/mL pour 34,8 %, entre 40-100 UI/mL pour 5,1 %, >100 UI/mL pour 1,3 %. Le taux des anticorps dans le sang du cordon était <5 UI/mL dans 47,7 % des cas, de 5-40 UI/mL dans 44,5 %, de 40-100 UI/mL dans 6,8 % et > 100 UI/mL pour 1 % des nouveau-nés.
Au total, le taux des anticorps antitoxine était inférieur à 40 UI/mL chez 93,6 % des femmes enceintes et 92,2 % dans le sang du cordon. Les anticorps anti-hémagglutinine filamenteuse étaient inférieurs à 40 UI/mL chez 81 % des femmes enceintes et 66,2 % pour le sang du cordon.
Pour comparaison, en France, une enquête de 2016 de la Haute Autorité de Santé a montré qu’une part importante des femmes enceintes de l’ordre de 60 % ne connaissait pas leur statut vaccinal vis-à-vis de la coqueluche ou n’était pas à jour de vaccination.
En conclusion, la coqueluche peut être responsable d’une morbidité et mortalité importantes pour les jeunes nourrissons. La vaccination des femmes enceintes est le moyen le plus sûr de prévention. Malgré ces faits, dans cette étude turque, les taux de séropositivité des futures mères étaient remarquablement bas après des vaccinations normales dans l’enfance et aucun rappel pendant la grossesse.
Source : JIM