Probiotiques en gastro pédiatrie : les experts mettent à jour leurs recommandations

Probiotiques en gastro pédiatrie : les experts mettent à jour leurs recommandations

L’organisation Mondiale de la Santé définit les probiotiques comme « des microorganismes vivants pour lesquels un bénéfice pour la santé de l’hôte a été démontré lors de leur administration en doses adéquates » (1). Ils sont largement utilisés dans le monde malgré des incertitudes sur leurs bénéfices cliniques et des recommandations discordantes sur leur usage. La Société Européenne de Gastroentérologie et Nutrition Pédiatrique (ESPGHAN) a récemment mis à jour ses recommandations sur l’utilisation des probiotiques dans la prise en charge de troubles gastrointestinaux en pédiatrie. Voici un aperçu de ces recommandations.

Deux essais randomisés contrôlés, a minima, pour émettre une recommandation

Les revues systématiques et/ou métanalyses et les essais randomisés contrôlés (publiés jusqu’à décembre 2021) comparant l’utilisation des probiotiques (toute formulation, toute dose) versus absence de probiotique (placebo ou pas de traitement) ont été inclus. Les études traitant de formulations supplémentées en probiotiques ou de microorganismes non vivants n’ont pas été incluses dans l’analyse. Les recommandations ont été formulées pour les probiotiques évalués dans deux essais randomisés contrôlés, a minima. Seule l’efficacité des probiotiques a été évaluée dans ce travail, la sécurité des probiotiques ayant déjà été évaluée par le passé (2).

Réduction de la durée de la diarrhée ou de l’hospitalisation dans les gastro-entérites aiguës

Les gastro-entérites aiguës (GEA) chez l’enfant sont majoritairement virales, les rotavirus étant l’agent pathogène le plus souvent incriminé. Elles sont en général de courte durée, de l’ordre de quelques jours, la déshydratation aiguë est la principale complication. Selon la Haute Autorité de santé, en France, la GEA due au rotavirus est responsable chaque hiver d’environ 20 000 hospitalisations. Sur la base de données cliniques montrant une réduction de la durée de la diarrhée, de celle de l’hospitalisation et/ou de la production de selles, les probiotiques suivants peuvent être recommandés (grade de recommandation faible) :

•    Lacticaseibacillus rhamnosus, anciennement appelé Lactobacillus rhamnosus (L rhamnosus) GG ( 1010 CFU*/jour, 5–7 jours).

•    Saccharomyces (S) boulardii (250–750 mg/jour, 5–7 jours). La souche de S boulardii CNCM I-745 étant la plus majoritairement évaluée dans les études.  

•    Limosilactobacillus reuteri (L reuteri) DSM 17938 (1×108 à 4×108 CFU, 5 jours)

•    La combination de L rhamnosus 19070-2 and L reuteri DSM 12246 (2×1010 CFU pour chaque souche durant 5 jours).

Prévention des diarrhées associées aux antibiotiques ou d’origine nosocomiale

La diarrhée associée aux antibiotiques (DAA) est une manifestation à court terme de la dysbiose (déséquilibre du microbiote intestinal). Chez les enfants, elle survient dans environ 10 % des cas, plus souvent chez ceux âgés de moins de 2 ans. Certaines classes d’antibiotiques sont plus à risque de provoquer des DAA comme l’association amoxicilline/ acide clavulanique ou l’association érythromycine/ sulfafurazole (3).

S’il l’estime nécessaire, en raison notamment de la classe d’antibiotiques utilisée, de la durée de l’antibiothérapie et/ou de facteurs de risques du patient (âge, comorbidités, risque d’hospitalisation, épisodes précédents de DAA), le professionnel de santé peut recommander l’utilisation de S boulardii ou L rhamnosus GG(dose ≥ 5×109 CFU/jour) à débuter en même temps que l’antibiothérapie (grade modéré).

Les infections gastrointestinales sont les infections nosocomiales les plus fréquentes chez les enfants hospitalisés. Plus d’un tiers d’entre eux présentent un épisode de diarrhée d’origine nosocomiale. Les experts recommandent la souche L rhamnosus GG (dose minimale de 109 CFU/jour) pour toute la durée de l’hospitalisation (grade modéré).

Prévention de l’entérocolite nécrosante chez les prématurés

L’entérocolite nécrosante (ECN) est une maladie inflammatoire digestive touchant en majorité les nouveau-nés prématurés, son incidence étant inversement proportionnelle à l’âge gestationnel de naissance. Sa mortalité peut atteindre 30 % chez les grands prématurés. Elle est d’origine multifactorielle (immaturité intestinale et immunitaire, altération de la muqueuse, de la vascularisation et du microbiote intestinal, alimentation, etc.). Les probiotiques dont la sécurité a été établie peuvent être prescrits pour réduire le risque d’ECN chez les prématurés. Les souches ayant démontré une efficacité clinique et pouvant être recommandées sont (grade faible)

•    L rhamnosus GG (dose 1×109 CFU à 6×109 CFU)

•    La combinaison de Bifidobacterium (B) infantis BB-02, B lactis BB-12 et Streptococcus thermophilus TH-4 [dose 3,0 à 3,5×108 CFU pour chaque souche)

Traitement des troubles gastrointestinaux fonctionnels

Les troubles gastro-intestinaux fonctionnels, également désignés sous le nom de « troubles de l’interaction intestin-cerveau », sont un motif très fréquent de consultation en pédiatrie. Leur origine reste inconnue et impliquerait une hypersensibilité viscérale et des troubles de la motilité. Leur diagnostic est basé sur les critères de ROME IV. Ces troubles comprennent : les régurgitations et coliques du nourrisson, les douleurs abdominales fonctionnelles, la constipation fonctionnelle, le syndrome de l’intestin irritable (SII), etc. (4). Les probiotiques sont communément utilisés pour traiter certains d’entre eux. Sur la base des données cliniques vérifiées, les experts de l’ESPGHAN proposent l’utilisation de :

•    L reuteri DSM 17938 (dose ≥ 108 CFU/jour pendant 21 jours au minimum) ou B lactis BB-12 (dose ≥ 108 CFU/jour, pendant 21-28 jours) pour le traitement des coliques du nourrisson allaité (grade faible)

•    L reuteri DSM 17938 (dose de 108 CFU à 2×108 CFU/jour) pour la réduction des douleurs abdominales fonctionnelles (grade faible)

•    L rhamnosus GG (dose 109 CFU à 3×109 CFU deux fois par jour) pour la réduction de la fréquence et de l’intensité des douleurs chez les enfants souffrant de SII (grade faible)  

Les probiotiques non plus ne sont pas automatiques

Enfin, en raison de données insuffisantes (absence d’essai randomisé contrôlé par exemple), ou de preuves cliniques d’inefficacité, les experts ne peuvent se prononcer sur l’utilisation d’une souche de probiotique spécifique ou de probiotiques en général dans un certain nombre de pathologies pédiatriques comme la constipation fonctionnelle, les maladies inflammatoires de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique), la maladie cœliaque, la pancréatite ou encore le SIBO (small intestinal bacterial overgrowth).

Source : JIM

actusantemag

Site santé

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture