Quand la peste noire se joue de nos gènes
Les maladies infectieuses exercent une pression sélective forte à l’origine de l’évolution humaine. La plus grande pandémie enregistrée à ce jour est celle de peste noire qui a dévasté les régions les plus densément peuplées au Moyen-Âge. Ainsi, l’agent pathogène Yersinia pestis (Y. Pestis) a provoqué la mort de 30 à 50 % de la population d’Europe, d’Afrique et d’Asie il y a environ 700 ans, induisant nécessairement chez l’Homme une sélection en faveur d’allèles protecteurs.
Une récente étude internationale à laquelle a participé l’Institut Pasteur a permis de mettre en évidence que certains allèles auraient conféré une protection aux survivants de la peste noire. Ces mêmes allèles autrefois protecteurs seraient aujourd’hui associés à une susceptibilité accrue à certaines maladies auto-immunes.
Identification de 4 loci candidats à la pression de sélection
Des fragments d’ADN ancien (n=206) provenant d’individus décédés juste avant, durant ou juste après l’épidémie de peste noire à Londres (cimetières St. Nicholas Shambles, St. Mary Spital et East Smitheld and St. Mary Graces) et au Danemark (5 localités éloignées géographiquement) ont été recueillis. Une analyse de la diversité génétique mitochondriale sur ces échantillons a permis de vérifier leur origine Européenne.
Sur les 516 échantillons collectés, seuls 360 contenaient assez d’ADN pour entreprendre un séquençage de gènes. A l’étape d’enrichissement et de séquençage, les chercheurs ont ciblé des gènes impliqués dans les réponses immunitaires mais également des régions dites « neutres ». In fine, c’est l’ADN de 206 individus qui a servi à la détection de sites de pression de sélection positive. Le facteur MAF* (minor allele frequency) a été calculé par population et temps donné. Seules les régions présentant un MAF supérieur à 5 % (n = 22 868 sites) ont été retenues.
Afin d’identifier des allèles protecteurs ou de
susceptibilité accrue à Y. pestis devrait augmenter chez les individus décédés durant l’épidémie et diminuer chez les sujets décédés après cette épidémie, les variants protecteurs suivant logiquement une tendance inverse. Les échantillons londoniens ont été utilisés dans un premier temps, les signatures identifiées ont été validées sur les échantillons danois. In fine, quatre loci ont été validés comme candidats potentiels à la pression de sélection.
Validation du locus ERAP2
Des essais in vitro réalisés sur des macrophages exposés à Y. pestis ont permis de vérifier que des gènes à proximité de ces 4 loci candidats étaient impliqués dans la réponse transcriptionnelle à ce pathogène (ces 4 loci ne correspondant visiblement pas à des séquences codantes). Des associations ont été établies entre variabilité génétique au sein de ces loci et niveau d’expression de gènes à proximité. L’association la plus forte a été entre rs2549794 et ERAP2 et ce indépendamment des types cellulaires (lymphocytes et monocytes) et de l’agent pathogène (Y. pestis, Listeria monocytogenes, Salmonella typhimurium, influenza).
Le locus ERAP2 est caractérisé par deux haplotypes : l’haplotype A code pour la protéine ERAP2 complète, tandis que l’haplotype B code pour un isoforme tronqué non fonctionnel. L’allèle C du rs2549794, favorisé sélectivement, est fortement lié à l’allèle A du rs2248374 de l’haplotype A, tandis que l’allèle T du rs2549794, délétère, est lié à l’allèle G du rs2248374 de l’haplotype B.
L’allèle protecteur C d’ERAP2 augmenterait la clearance de Y. pestis
ERAP1 et ERAP2 sont des amino-peptidases qui jouent un rôle synergique dans la présentation d’antigènes aux lymphocytes T CD8+. ERAP2 est également impliqué dans la clearance virale et la réponse cytokinique. Des essais in vitro sur des macrophages infectés par Y. pestis a permis d’identifier 4 cytokines associées au génotype ERAP2. Une réduction significative des niveaux de granulocyte colony-stimulating factor (G-CSF) et d’interleukines (IL)-1β et IL-10 et une augmentation significative de chimiokine CCL3 ont été associées au nombre d’allèles protecteurs C d’ERAP2.
Le coefficient de sélection estimé par…
Pour en savoir plus rendez-vous sur : JIM