Y a-t-il un risque accru de cancer pour l’enfant né par PMA ?

Y a-t-il un risque accru de cancer pour l’enfant né par PMA ?

Le nombre d’enfants nés à l’aide d’une technique de procréation médicalement assistée (PMA) est en constante augmentation. A Taiwan, en 2018, on estimait qu’une naissance sur 20 résultait d’une PMA, soit 5,7 % de l’ensemble des naissances. Or, les parents des enfants ainsi conçus présentent des problèmes de fertilité ou ont été soumis à des traitements amenant à une infertilité. Le risque est alors qu’ils soient porteurs d’anomalies épigénétiques, qu’ils aient une évolution périnatale compliquée, voire, qu’il existe une association possible avec la survenue d’un cancer chez l’enfant. A ce jour, l’éventualité d’une association entre PMA et cancers infantiles reste, toutefois, débattue.

Une étude a été menée sur une vaste cohorte de population à Taiwan afin de rechercher des associations entre mode de conception et risque de néoplasies infantiles. Elle a reposé sur les données recueillies entre le 1er janvier 2004 et le 31 Décembre 2017 concernant 99,78 % des triades composées des 2 parents et d’un enfant, soit un total de 2 553 583 triades. Ont été exclus les parents âgés de moins de 20 ans, ceux présentant une addiction ou avec des antécédents de cancer ainsi que les conceptions à l’aide de don de sperme ou d’ovocytes. Les enfants ont ainsi été classés en 3 groupes : nés par conception naturelle, nés de parents hypofertiles mais sans recours à une PMA, ou nés à l’aide d’une PMA. Dans les 2 derniers cas, 3 conditions devaient être remplies : un diagnostic d’infertilité avait été posé pour un des 2 parents, une grossesse clinique devait avoir suivi la PMA et enfin, la date de naissance devait se situer dans les 290 jours suivant la date de transfert de l’embryon frais ou congelé. Les enfants ont été suivis jusqu’ à l’âge de 13 ans. Parallèlement, de nombreuses covariables ont été prises en compte : âge maternel et paternel, niveau d’éducation, statut socio-économique, antécédents d’avortement, etc.

Après exclusions diverses, la cohorte comprenait 2 308 016 triades parents- enfants, totalisant 14 926 318,5 personnes- années d’observation. Le suivi moyen est de 6 ans (IIQ : 3- 10 ans). L’âge moyen des parents était respectivement de 33,28 (5,07) ans pour le père et 30,83 (4,56) ans pour la mère ; 52,06 % des enfants sont des garçons, la grande majorité (96,90 %) étant des singletons ; 8,16 % sont nés avant terme et 7,38 % avaient un petit poids de naissance. Globalement, les enfants nés après PMA étaient plus souvent issus de gestations multiples, plus fréquemment prématurés et avec un poids de naissance plus faible. En outre, leurs parents étaient, dans l’ensemble, plus âgés, primipares, vivant dans des zones urbaines et avec un revenu familial conséquent.

Faible augmentation de l’incidence des leucémies et des tumeurs hépatiques

On a identifié, durant le suivi, 1 880 enfants atteints de cancer. Les taux d’incidence, par millions de personnes-années sont respectivement de 203,1 en cas de PMA, de 137,6 en cas d’hypofertilité sans recours à une PMA et de 121,4 après conception naturelle. Les taux de leucémies sont respectivement de 56,2 suivant une PMA vs 34,4 en cas d’hypofertilité sans PMA et de 29,8 après conception normale. Le taux d’incidence des tumeurs hépatiques est, pour sa part, de 34,6 en cas de PMA face à 9,9 et 8,2 dans les 2 autres groupes. L’incidence des rétinoblastomes s’avère aussi plus élevée après PMA (22,3).

Après ajustement multivariables, une conception par PMA apparaît associée à une hausse de tous les types de cancer de l’enfant, Hazard Ratio HR : 1,58 (intervalle de confiance à 95 % IC : 1,17- 2,12) et plus particulièrement des leucémies (HR : 2,10 ; IC : 1,20- 3,70) et des tumeurs hépatiques (HR : 2,71 ; IC : 1,28- 5,73) en comparaison avec une conception naturelle. Par contre, le risque de néoplasie infantile ne différe pas significativement entre les 2 autres groupes : hypofertilité sans PMA et conception physiologique. L’association n’est pas modifiée en fonction du sexe de l’enfant, ni de recours à des embryons frais. A contrario, l’utilisation d’embryons congelés est associée à une hausse du risque de néoplasie. Une PMA a aussi été associée à une naissance avant terme et à un petit poids de naissance, ces 2 conditions apparaissant comme de potentiels facteurs médiateurs.

Au total, cette étude de cohorte d’ampleur nationale révèle qu’une conception par PMA s’accompagne d’une augmentation du risque de cancer chez l’enfant, notamment des leucémies et des tumeurs du foie. A l’inverse, le risque n’est pas majoré en cas de naissance après hypofertilité sans PMA, ni après conception naturelle. Ces résultats suggèrent que les couples envisageant de recourir à une PMA doivent être informés du risque, faible mais significatif, de cancer chez l’enfant. Le fait qu’aucune différence n’ait été mise en évidence entre hypofertilité sans PMA et conception normale suggère que l’augmentation du risque est plus probablement liée à la PMA en elle-même qu’à l’infertilité parentale.

L’infertilité elle-même ne serait pas en cause

Ce travail a plusieurs points forts. Les données recueillies ont….

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