Médécine

Covid-19 et drépanocytose ne font pas bon ménage

 

Affectant l’hémoglobine des globules rouges, la drépanocytose est la maladie génétique la plus fréquente au monde.

La présence d’autres pathologies augmente le risque de complications chez un patient atteint du nouveau coronavirus. La drépanocytose, maladie génétique très répandue qui affecte l’hémoglobine des globules rouges, en fait partie. Entretien.

Quels risques supplémentaires le Covid-19 fait-il peser sur les patients affectés par la drépanocytose sur le continent africain ? Comment les prendre en charge ? Éléments de réponse avec le professeur Léon Tshilolo. Pédiatre, hématologue, il dirige le Centre de formation et d’appui sanitaire au sein du centre hospitalier Mère-Enfant Monkole de Kinshasa. Membre de l’Académie de Médecine de France, c’est aussi le président du réseau d’études de la drépanocytose en Afrique centrale.

RFI : Est-ce que le fait d’être drépanocytaire constitue un risque accru face au Covid-19 ?

Pr Léon Tshilolo : Le Covid-19 n’intéresse pas que les virologues, pneumologues ou les infectiologues. Récemment, nous avons appris que cette maladie concernait aussi le petit globule rouge et par conséquent les sujets qui sont atteints d’une maladie héréditaire, la drépanocytose.

Les sujets drépanocytaires sont particulièrement vulnérables au Covid-19 et cela pour des raisons très simples : ils ont une immunité affaiblie et un taux d’hémoglobine bas. De plus, ils savent très bien que lorsqu’ils ont de la fièvre, celle-ci peut être un facteur qui va déclencher les autres complications de la drépanocytose, comme la crise douloureuse. Nous avons donc commencé une forte sensibilisation pour cette population vulnérable au Covid-19.

Quels conseils donner à ces patients drépanocytaires pour se protéger actuellement ?

Il faut respecter les mesures que les autorités ont conseillé à la population.Il faut vraiment suivre les mesures de confinement et de distanciation. Par ailleurs, il faut adopter une autre précaution : le port du masque. C’est l’un des moyens qui permet de se protéger et de protéger son environnement. Le port de masque est vraiment essentiel, entre autre, pour les drépanocytaires. Il faut continuer de suivre les mesures habituelles qu’on vous a conseillé pour la drépanocytose : bien s’hydrater, continuer à prendre sa pénicilline (surtout pour les enfants). Pour ceux qui sont sous traitement, il faut continuer de prendre son médicament appelé hydroxyurée, car c’est un médicament qui va vous permettre de ne pas avoir les complications que vous connaissez, même au cours d’une infection au Covid-19.

Ils doivent aussi continuer à prendre une vitamine qu’on appelle l’acide folique. Cette vitamine contribue à la production des globules rouges. Comme c’est une maladie virale, la vitamine C est indiquée. Il est aussi conseillé d’avoir un régime alimentation équilibré, riche en vitamine B3. C’est une vitamine qui contribue à améliorer la défense immunologique des patients lors de l’infection du Covid-19.

Dans quels aliments trouve-t-on la vitamine B3 ?

Volailles, viandes, poissons gras… Cette vitamine est particulièrement abondante dans certains aliments d’origine animale. On la retrouve également dans les cacahuètes, la levure de bière, le thon en conserve ou encore les céréales.

Est-ce qu’il y a des contre-indications à l’usage de la chloroquine pour les patients drépanocytaires ?

Certains sujets drépanocytaires sont aussi porteurs d’autres anomalies comme le déficit en G6PD. Cela veut dire qu’ils ont une enzyme qui fait défaut et qui fait que, lorsqu’ils prennent certains médicaments, les globules rouges vont être facilement hémolysés. Parmi ces médicaments, qu’on leur conseille d’éviter, figurent les antipaludéens comme la primaquine mais également la chloroquine. Cette molécule a été longtemps utilisée en traitement antipaludéen, dans plusieurs pays africains. On l’a arrêté à cause de la résistance. Les patients drépanocytaires qui ont un déficit en G6PD, s’ils sont atteints du coronavirus, peuvent prendre de la chloroquine, mais avec une surveillance médicale particulière. Elle peut provoquer une hémolyse (NDLR : destruction des globules rouges) mais cela est rare. Après 48 heures, il faudra vérifier si le patient n’a pas hémolysé. Il peut lui-même le constater, si ses urines sont plus foncées et que ses yeux deviennent plus jaunes.

Vous êtes membre de l’Académie de Médecine, en tant que correspondant étranger… À ce titre, comment se passent les échanges, les partages d’expériences entre vous et les spécialistes français ?

L’Académie de Médecine de France organise presque chaque semaine des bulletins portant sur le Covid-19 avec des angles particuliers. Il est prévu, au sein de l’Académie, une session spéciale portant sur le Covid-19 et l’Afrique. Avec d’autres chercheurs français, nous étudions l’impact du Covid-19 sur les sujets drépanocytaires. Nous enregistrons tous les cas de sujets drépanocytaires atteints du Covid-19. 

Le Covid-19 est une maladie hyper inflammatoire qui est liée à une tornade de cytokines. Les sujets drépanocytaires ont un état inflammatoire chronique, avec beaucoup de cytokines, semblables à celles libérées lors du Covid-19. Cela ouvre déjà des perspectives de recherche.

Source : RFI

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