Les nourrissons inégaux devant la pollution atmosphérique
Dr Blandine Esquerre|29 Janvier 2024
Paris, le mardi 23 janvier 2024 – Chauffage au bois résidentiel et plus encore trafic routier : la pollution aux particules fines (moins de 2,5 micromètres) est épidémiologiquement liée aux pathologies respiratoires, particulièrement l’asthme et la bronchiolite. Si cette pollution concerne surtout les centres urbains, où vivent les populations riches, et les communes polluées alentour, où logent les plus modestes, leurs jeunes enfants (moins de trois ans) ne sont pas affectés de la même manière.
Dès la naissance
Une étude récemment publiée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) confirme les inégalités sociales de santé respiratoire pédiatrique en France, comparant les 10% les plus riches aux 10% les plus pauvres.
La première différence est l’exposition-même : l’année de leur naissance, les 10% d’enfants les plus pauvres ont une exposition moyenne aux particules fines supérieure de 0,5 microg/m3 à celle des plus aisés (exposition moyenne de la population urbaine estimée à 12,1 microg/m3).
Ce qui diffère aussi, c’est leur vulnérabilité, et ce dès la naissance, avec notamment une prématurité plus fréquente dans les milieux modestes (9,1 % versus 6,1% chez les plus aisés). Ainsi, l’hospitalisation en urgence pour bronchiolite ou asthme est plus fréquente dans les milieux modestes.
De même, le recours aux soins respiratoires est plus fréquent chez les enfants en cas de surexposition à la pollution dans leur première année de vie ; et parmi les enfants les plus affectés par cette surexposition, les plus modestes sont 1,6 fois plus nombreux que les plus aisés.
Pas de traitement ne veut pas dire pas de pathologie !
Mais l’observation de la délivrance de médicaments indiqués contre l’asthme, utilisée dans l’étude pour quantifier ce recours au soin, n’est pas un critère très fiable. D’une part, cela ne dit pas la gravité de l’asthme, d’autre part, la délivrance nécessite une ordonnance, donc un appel au médecin, qui n’a pas forcément lieu chez les moins favorisés. Bref, cette mesure ne reflète pas toutes les pathologies. Le déséquilibre, notent les auteurs, est donc probablement plus marqué encore dans la réalité.
La Drees estime que 1 800 hospitalisations en urgence pour asthme et 6 100 prises en charge médicamenteuses anti-asthmatiques pourraient être évitées par une baisse de 1% de l’exposition moyenne aux polluants atmosphériques la première année de vie.
On le voit encore une fois : les dégradations environnementales affectent en premier lieu les plus pauvres d’entre nous, et pas seulement dans les pays les moins favorisés.
Source ; JIM