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[Tribune] L’Afrique devrait participer aux essais cliniques du vaccin contre la Covid-19 et assumer un leadership scientifique

 

Suite aux résultats prometteurs pour un vaccin contre le Covid-19, en cours de développement à l’université d’Oxford, le Professeur Kelly Chibale pense que la participation de l’Afrique est essentielle, afin d’assurer que tout traitement soit adapté à la population africaine, et garantir ainsi une distribution équitable et en temps opportun. Selon Fortune, le Pr Chibale est l’un des 50 plus grands leaders du monde. Il soutient que les essais vaccinaux menés dans le monde présentent une occasion en or pour l’Afrique de contribuer à l’effort pour faire avancer la science.

 

Pr Kelly Chibale est fondateur et directeur du Centre H3D Drug Discovery and Development a l’Université du Cap (UCT), et professeur titulaire de chimie organique. Il détient également la position de Chaire Neville Isdell pour la recherche sur la découverte de médicaments à l’UCT. © D.R.

L’Afrique devrait participer aux essais cliniques du vaccin contre la COVID-19 et assumer un leadership scientifique La nouvelle selon laquelle l’université d’Oxford a développé un vaccin contre le coronavirus, qui semble sûr et déclenche une réponse immunitaire, constitue un pas encourageant dans notre long cheminement vers un retour à la normale. C’est également l’occasion d’unir nos forces pour lutter contre la pandémie et de mettre en lumière le leadership scientifique de l’Afrique. Le premier cas de COVID-19 en Afrique a été détecté en Égypte au mois de février. En mai, le virus s’était propagé sur l’ensemble du continent, le Lesotho étant le dernier pays à avoir confirmé un cas. Aujourd’hui, nous approchons lentement la barre du million de cas, alors que le nombre de victimes avoisine les 20 000.

Or les conséquences vont bien au-delà de ces chiffres. En février, on n’aurait pas hésité à serrer dans ses bras un ami ou un parent âgé. Mais aujourd’hui, la peur du risque nous empêche de le faire. Bien entendu, cette situation a un impact économique : un grand nombre de personnes ont perdu leur emploi et des dizaines de milliers d’autres se battent pour le peu qui leur reste.

Les mesures de distanciation sociale et les restrictions mises en place par les gouvernements nous ont permis dans une large mesure de gérer la pandémie, mais il est impossible de garder cette distance indéfiniment.

C’est pourquoi la nouvelle concernant le vaccin développé par l’université d’Oxford est nous fait tant bien. Jamais auparavant n’avions nous vu des résultats aussi encourageants à un stade aussi précoce du processus de développement d’un vaccin. Même s’il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à un traitement sûr et efficace, ces résultats nous permettent d’espérer qu’un vaccin est possible, et que nous sommes sur la bonne voie.

Sur la base de ces premiers résultats, il est désormais prévu d’accroître le nombre de participants aux essais de l’université d’Oxford pour s’assurer que les résultats sont réplicables dans toutes les régions et afin d’identifier d’éventuels effets secondaires. L’Afrique du Sud est l’un des quatre pays où des essais cliniques sont en cours. Ces essais se déroulent alors que les scientifiques de tous les continents conjuguent leurs efforts pour développer d’autres vaccins. Il faudra sans doute encore plusieurs mois (voire des années) avant d’obtenir un vaccin définitif, même s’il n’est pas garanti, mais lorsque ce vaccin sera disponible, nous pouvons avoir la certitude qu’il sera sûr et efficace.

J’ai consacré ma carrière à la recherche et à la découverte de solutions à certaines des maladies les plus tenaces sur le continent, comme le paludisme et la tuberculose. Mais jamais auparavant n’ai-je vu autant d’intérêt ou d’attention pour la science et la recherche en matière de santé. Dans le même temps, nous devons démystifier la désinformation et les théories du complot. Il peut parfois s’agir d’une erreur de bonne foi ; la désinformation se répand si facilement car elle puise dans nos craintes et ne comporte aucune vérité. Mais les répercussions peuvent être dangereuses et nuisibles.

Premièrement, la désinformation perpétue l’idée que l’Afrique ne peut être une source d’innovations dans le domaine de la santé. Deuxièmement, elle risque de décourager la prochaine génération de chercheurs : pourquoi consacrer sa vie à la science et à la recherche de solutions pour que quelqu’un sur Internet conteste son travail et aille même jusqu’à le dénigrer ?

Aujourd’hui plus que jamais, il est indispensable d’encourager le dialogue entre les scientifiques et nos communautés et de partager les inestimables bienfaits de la science. Le Coronavirus nous offre une occasion en or de contribuer et de participer à une priorité mondiale. Ceci est essentiel. L’Afrique est le continent le plus génétiquement diversifié au monde. Nous devons veiller à ce que les différentes régions d’Afrique prennent part aux essais cliniques, afin qu’un vaccin, son dosage ainsi que sa fréquence soient adaptés à l’usage de nos propres populations, plutôt que de l’importer du Nord.

Moins de 2 % des essais cliniques dans le monde sont actuellement conduits en Afrique. Cette situation doit changer et les perspectives africaines doivent être prises en compte lors des essais cliniques de médicaments et de vaccins. En participant activement à ces essais, nous pouvons faire en sorte que les vaccins et les traitements soient efficaces ici. Cela nous permettra également d’exiger un accès équitable et rapide à des vaccins efficaces.

Mais ce n’est pas tout, il faut aller plus loin. Nous vivons une pandémie mondiale, du jamais vu depuis plus d’un siècle. En contribuant à la recherche d’une solution, nous renforçons nos institutions et nos capacités de recherche, ce qui nous permettra de mieux préparer nos infrastructures aux pandémies à venir et de créer des emplois.

La recherche clinique fait appel aux services de scientifiques, d’infirmièr.e.s et de technologues, pour ne citer que quelques exemples. Imaginez donc les nombreuses opportunités significatives et fondées sur le savoir qui peuvent être créées pour les jeunes Africains, tant en termes d’emplois directs que d’emplois indirects. Ayant grandi dans des cantons et des villages, je peux témoigner de la capacité d’un emploi scientifique à changer la vie d’une jeune personne.

Il en va de notre responsabilité de nous impliquer. En tant qu’Africains, nous ne pouvons pas exiger un accès équitable à un vaccin ou sa distribution si nous ne participons pas et ne contribuons pas à son élaboration. C’est l’occasion pour les scientifiques africains de montrer la voie, de gagner en respect et de montrer que nous pouvons être à l’avant-garde des essais cliniques.

J’interagis tous les jours avec de grands et brillants esprits scientifiques qui proviennent des quatre coins du continent et recherchent des solutions à certains de nos problèmes majeurs. Le moment est donc venu de célébrer et de renforcer notre expertise scientifique. Il est temps que nous soyons des membres plus actifs au sein de la communauté scientifique mondiale.

Au moment où les scientifiques du monde entier poursuivent leurs travaux, je lance un appel à tous les citoyens africains à se joindre à la recherche d’un vaccin contre la COVID-19. Ce n’est que par nos efforts conjoints et la confiance dans la science que ce virus pourra être vaincu.

Kelly Chibale, PhD, FRSSAf, FRSC, FAAS, MASSAf est professeur de chimie organique à l’université du Cap, titulaire de la Chaire Neville Isdell en Découverte et Développement de Médicaments centrée sur l’Afrique et fondateur et directeur du Centre H3D de Découverte et Développement de Médicaments à l’UCT.

gabonreview.com

 

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