Acide urique : et si nous étions en train de redéfinir un facteur de risque cardiovasculaire majeur ?
Pendant des décennies, l’acide urique a été considéré principalement sous l’angle de la goutte articulaire. Pourtant, une nouvelle vision émerge : celle d’une « goutte vasculaire », où les cristaux d’urate pourraient participer directement à l’inflammation de la paroi artérielle et à la progression de l’athérosclérose, même chez des patients asymptomatiques.
Cette hypothèse s’inscrit dans un changement de paradigme en cardiologie : au-delà des facteurs de risque traditionnels, l’inflammation apparaît comme un moteur essentiel de la maladie cardiovasculaire.
Les travaux récents suggèrent que l’hyperuricémie ne serait pas un simple témoin métabolique, mais pourrait jouer un rôle actif en favorisant :
Le stress oxydatif endothélial
L’activation de l’inflammasome NLRP3
La production de cytokines pro-inflammatoires
La dysfonction endothéliale
La progression et l’instabilité des plaques d’athérome
Cette approche rejoint une autre observation majeure : malgré une réduction efficace du LDL-cholestérol, certains patients continuent à présenter une progression de leurs plaques coronaires. L’étude CAUGHT-CAD a notamment montré que l’inflammation de la graisse épicardique, évaluée par scanner coronaire, est associée à une progression de l’athérosclérose indépendamment du LDL.
Le message est clair : la maîtrise du cholestérol reste indispensable, mais elle n’explique pas à elle seule le risque cardiovasculaire résiduel.
Demain, l’identification des patients à haut risque pourrait reposer sur une approche plus globale intégrant :
Le contrôle lipidique
Les biomarqueurs inflammatoires
L’évaluation de la graisse péricoronaire et épicardique
Le métabolisme de l’acide urique
La question n’est peut-être plus de savoir si l’acide urique est associé aux maladies cardiovasculaires, mais de déterminer chez quels patients il participe activement au processus athéroscléreux et pourrait devenir une cible thérapeutique.
L’athérosclérose n’est pas seulement une maladie du cholestérol. C’est aussi une maladie inflammatoire.