Respirer tue : pollution de l’air intérieur et maladies chroniques
Respirer devrait être un geste vital, simple, universel. Pourtant, en Afrique — et particulièrement en Guinée — l’air à l’intérieur des maisons tue en silence. Ce sujet, trop souvent relégué derrière les priorités visibles, alimente pourtant une crise sanitaire massive que les chiffres ne permettent plus d’ignorer.
Selon les données internationales les plus récentes, près de la moitié de l’humanité dépend encore du bois, du charbon ou des résidus agricoles pour cuisiner, et la plupart des pays africains en sont les plus grands utilisateurs. Résultat : des milliards de personnes sont exposées chaque jour aux fumées toxiques produites dans leurs propres cuisines.
En Guinée, la situation est encore plus alarmante. La quasi-totalité des ménages — environ 98 % — n’a pas accès à des combustibles propres. À cela s’ajoute une pollution extérieure de plus en plus élevée : la concentration annuelle moyenne
de particules fines (PM2.5) y est environ 8 fois supérieure à la recommandation de l’OMS. Lorsque la fumée de la cuisine se mélange à celle de l’air ambiant, les risques pour la santé explosent.
Derrière ces chiffres se cachent des vies réelles :
✅ Des enfants souffrant d’infections respiratoires récurrentes.
✅ Des femmes, qui sont les plus exposées, développant des maladies respiratoires chroniques.
✅ Des personnes âgées fragilisées par des AVC ou des maladies cardiaques, pour lesquelles la pollution est un facteur aggravant.
Pourtant, cette crise est largement évitable. Les solutions existent, éprouvées et peu coûteuses : foyers améliorés, ventilation adéquate, subventions pour des combustibles propres, programmes d’éducation sanitaire. Là où elles ont été déployées, les hospitalisations ont chuté et la qualité de vie a bondi.
Ce qui manque à la Guinée — comme à de nombreux pays du continent — ce n’est ni la compréhension du problème ni la technologie. Ce qui lui manque, c’est une décision politique claire visant à faire de la qualité de l’air intérieur une priorité nationale en matière de santé publique.
Parce que lorsqu’une mère prépare un repas pour nourrir sa famille, elle ne devrait pas, sans le savoir, en compromettre la santé. Parce qu’un enfant ne devrait pas risquer sa vie en jouant dans la pièce où l’on cuisine. Parce que respirer ne devrait jamais être un danger.
Ignorer la pollution de l’air intérieur, c’est accepter que des milliers de vies continuent d’être sacrifiées. La Guinée et l’Afrique ont aujourd’hui l’occasion — et la responsabilité — de mettre fin à cette contradiction inacceptable : dans nos maisons, l’air doit redevenir un allié, pas une menace.
Manty Camara
Conseillère en durabilité — Durabilité Afrique
Sources
CLEAN-Air (Africa) / University of Liverpool
Études de terrain sur les niveaux de PM2.5 et CO dans les ménages utilisant bois et charbon en Afrique subsaharienne.
https://news.liverpool.ac.uk/2024/02/07/measuring-household-air-pollution-exposure-in-sub-saharan-africa/
Organisation mondiale de la Santé (OMS)
Household Air Pollution and Health – Fact Sheet
Synthèse mondiale sur les combustibles solides, l’exposition domestique et les impacts sanitaires.
https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/household-air-pollution-and-health
OMS – Profil environnemental de la Guinée
Données officielles sur les PM2.5, l’accès aux combustibles propres (≈ 98 % des ménages dépourvus) et le risque sanitaire.
https://cdn.who.int/media/docs/default-source/country-profiles/environmental-health/environmental-health-gin-2022.pdf?sfvrsn=57ac0559_3
OMS – Pollution de l’air (extérieur et intérieur) et maladie
Rappels des liens établis entre pollution, maladies cardiovasculaires, infections respiratoires, BPCO et cancers.
https://www.who.int/health-topics/air-pollution