PR ROSE GANA FOMBAN LEKE : LA CHERCHEUSE CAMEROUNAISE QUI A CHANGÉ LA POLITIQUE MONDIALE DE L’OMS SUR LE PALUDISME
En 2011, la Professeure Rose Gana Fomban Leke, immunologiste et parasitologue camerounaise de renommée mondiale, co-signe un éditorial bref mais d’une portée immense dans la revue Clinical Infectious Diseases.
En à peine trois pages, elle livre l’argumentaire scientifique décisif qui poussera l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à changer sa politique de prévention du paludisme durant la grossesse, une décision qui protège aujourd’hui des millions de mères et de nouveau-nés sur tout le continent africain.
Au début des années 2010, la stratégie de prévention du paludisme chez la femme enceinte (appelée TPIg-SP) reposait sur l’administration de deux doses d’un médicament, la sulfadoxine-pyriméthamine (SP).
Pourtant, de plus en plus d’études montraient qu’un schéma à trois doses, voire plus, était bien plus efficace.
Les décideurs hésitaient cependant à généraliser cette approche, freinés par la crainte grandissante de la résistance du parasite à ce médicament.
Il manquait une voix autorisée pour peser le pour et le contre et tracer une voie claire. C’est le vide que l’éditorial du Pr Leke est venu combler.
Avec une clarté remarquable, l’article présente un argumentaire en deux volets, basé sur une synthèse des meilleures preuves disponibles :
1. L’éditorial rappelle que l’administration d’au moins trois doses de SP durant la grossesse réduit de manière significative les risques d’anémie chez la mère, de faible poids de naissance pour le bébé (une des causes majeures de mortalité néonatale) et de paludisme placentaire.
2. Tout en validant l’efficacité du traitement, l’article tire la sonnette d’alarme sur la nécessité de mettre en place une surveillance moléculaire rigoureuse pour suivre la progression des mutations de résistance du parasite.
En résumé, le message était : « Utilisons pleinement cette stratégie qui sauve des vies tant qu’elle fonctionne, mais préparons activement l’avenir en surveillant l’ennemi ».
C’était l’équilibre parfait que les organisations internationales attendaient.
L’impact de cet éditorial fut immédiat et spectaculaire.
– En 2012, l’OMS publie un nouveau Policy Brief (une note d’orientation politique) où elle recommande officiellement l’administration de la SP « à chaque visite prénatale programmée après le premier trimestre », soit au moins trois doses. Ce document cite explicitement l’analyse du Pr Leke comme l’une des justifications scientifiques de ce changement majeur.
– Cette nouvelle directive a été adoptée par l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne, touchant aujourd’hui plus de 30 millions de grossesses chaque année.
– L’appel à la vigilance a déclenché de vastes programmes de recherche internationaux pour cartographier la résistance et développer des traitements alternatifs.
Le rôle moteur du Professeur Rose Leke dans cette avancée n’est que l’une des facettes d’une carrière scientifique exceptionnelle, reconnue par les plus hautes distinctions internationales :
– Lauréate du Prix L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science pour l’Afrique.
– Lauréate du « Heroine of Health Award », une distinction qui récompense les femmes qui ont un impact majeur sur la santé mondiale.
– Membre de prestigieuses académies scientifiques, dont la World Academy of Sciences (TWAS) et l’African Academy of Sciences (AAS).
– Ancienne Chef du Département d’Immunologie et de Parasitologie à la Faculté de Médecine de l’Université de Yaoundé I.
À travers un éditorial concis et argumenté, la Professeure Rose Leke a démontré comment une expertise scientifique rigoureuse, articulée au bon moment, peut influencer les politiques mondiales et sauver d’innombrables vies.
Référence principale :
1. Leke RGF, Taylor DW. The use of intermittent preventive treatment with sulfadoxine-pyrimethamine for preventing malaria in pregnant women. Clin Infect Dis. 2011;53(3):231-233. doi:10.1093/cid/cir451.
Dr Claudel NOUBISSIE