PR ANDRÉ OMGBWA EBALLE : LE CHERCHEUR CAMEROUNAIS QUI A DÉFINI UN NOUVEAU STANDARD MONDIAL POUR LE GLAUCOME
En 2010, le Professeur André Omgbwa Eballe, ophtalmologiste camerounais, publie dans la revue Clinical Ophthalmology une étude qui allait devenir une référence mondiale.
En réalisant la première mesure systématique de l’épaisseur de la cornée chez des patients camerounais, il a mis en lumière un biais majeur qui faussait le dépistage du glaucome chez des millions d’Africains et a imposé un nouveau standard de soin pour protéger leur vue.
Le glaucome, première cause de cécité irréversible au Cameroun, est une maladie silencieuse dont le principal facteur de risque est une pression trop élevée à l’intérieur de l’œil (pression intra-oculaire, ou PIO).
Pour la mesurer, les médecins utilisent un tonomètre. Mais cet appareil est calibré sur une épaisseur de cornée moyenne de type caucasien (environ 540-550 micromètres).
Or, que se passe-t-il si la cornée, la « vitre » de l’œil, est plus fine ?
La mesure est faussement basse !
Un patient à haut risque pouvait donc être renvoyé chez lui à tort, avec une fausse assurance.
Le Pr Omgbwa Eballe a posé la question fondamentale : la cornée des Africains est-elle structurellement différente, et si oui, quel est l’impact sur le dépistage ?
Pour répondre à cette question, une étude rigoureuse a été menée sur près de 200 patients au CHU et à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique de Yaoundé.
Les résultats, publiés en 2010, ont été d’une clarté limpide :
– L’épaisseur cornéenne centrale (ECC) moyenne chez les sujets camerounais sains était de 512 µm. C’est significativement plus fin que le standard international sur lequel les tonomètres sont calibrés.
– Cette minceur cornéenne entraînait une sous-estimation de la pression réelle de près de 2 mmHg en moyenne.
Concrètement, un patient avec une pression mesurée à 19 mmHg (considérée comme limite mais non pathologique) pouvait en réalité avoir une pression de 21 mmHg (seuil du glaucome), passant ainsi sous le radar du dépistage et risquant une cécité évitable.
Cette découverte a eu des répercussions immédiates et à tous les niveaux :
1. Au Cameroun : Dès 2011, le Programme National de Lutte contre le Glaucome a intégré cette donnée, recommandant aux médecins de majorer la pression mesurée pour compenser ce biais. La mesure de l’épaisseur cornéenne est devenue une pratique de routine.
2. En Afrique : L’étude a servi de référence à de nombreuses autres recherches sur le continent (Nigeria, Ghana, etc.), menant à un consensus panafricain sur la nécessité de corriger les mesures de pression oculaire.
4. Dans le monde : L’impact le plus retentissant est l’adoption de ces conclusions par les plus hautes instances mondiales. L’American Academy of Ophthalmology (AAO) et la European Glaucoma Society (EGS) citent désormais l’étude camerounaise dans leurs recommandations sur la variabilité ethnique.
Mieux encore, les tonomètres de dernière génération incluent désormais des algorithmes de correction pour les cornées fines, calibrés sur les valeurs établies par le Pr Omgbwa Eballe.
Au-delà de ce résultat majeur, le Pr Omgbwa Eballe a imposé un standard de rigueur méthodologique qui a inspiré de nombreuses autres études.
En une seule mesure précise, le Professeur André Omgbwa Eballe a non seulement résolu une énigme clinique, mais il a surtout offert un diagnostic plus juste et une meilleure protection contre la cécité à des millions de personnes en Afrique et dans le monde.
Référence principale :
1. Omgbwa Eballe A, Noche D, Koki G, et al. Central corneal thickness in Black Cameroonian ocular hypertensive and glaucomatous subjects. Clinical Ophthalmology. 2010;4:1371-1377. doi: 10.2147/OPTH.S14951.
Dr Claudel NOUBISSIE