Accompagnement des Jeunes Pharmaciens Guinéens pour l’Ouverture d’Officines Privées à l’intérieur du pays : Une Stratégie efficace et efficiente contre les Faux Médicaments. 

Accompagnement des Jeunes Pharmaciens Guinéens pour l’Ouverture d’Officines Privées à l’intérieur du pays : Une Stratégie efficace et efficiente contre les Faux Médicaments. 

1- Introduction

La vente exponentielle des faux médicaments constitue un défi majeur pour la santé publique en Guinée. 

Sur ce, nous saluons la politique de santé publique mise en œuvre par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, qui a notamment conduit à la fermeture systématique des boutiques de faux médicaments à travers tout le territoire national, sous le leadership du Chef de l’État, le Général de corps d’armée Mamadi Doumbouya.

Cette politique salvatrice doit être accompagnée d’une stratégie sanitaire proactive visant à encourager les jeunes pharmaciens guinéens inscrits à l’Ordre des pharmaciens de Guinée à s’installer à l’intérieure du pays. 

Cela est essentiel pour répondre à la demande croissante de médicaments dans les zones reculées tout en garantissant la sécurité des traitements, car il n’y a pas de bons médecins sans bons médicaments.

Il convient de rappeler que notre pays forme chaque année des centaines de jeunes pharmaciens au sein de nos institutions d’enseignement supérieur, telles que les Universités de Gamal, de la Source et de Koffi Annan.

Cependant, il y a encore des préfectures en Guinée qui n’ont que deux à trois pharmacies agréées. Je peux citer les préfectures de Dabola ( 181 173 habitants), de Kérouané ( 207 547 habitants), de Macenta ( 278 456 habitants), de Lélouma ( 163 069 habitants), de Mali ( 288 001 habitants), de Tougué ( 124 280 habitants), de Yomou ( 114 371 habitants), de Dinguiraye ( 196 469 habitants) selon le RGPH-3, éditions 2017… ce qui montre que tous les jeunes pharmaciens se trouvent à Conakry sans doute.

2- État des lieux de la vente illicite des médicaments en Guinée : 

Les faux médicaments, souvent de mauvaise qualité ou contenant des ingrédients nocifs comme le ciment, le chrome, le charbon, la poudre de soja… mettent en péril la santé des populations guinéennes. Un faux médicament est tout produit pharmaceutique détenu par un non-professionnel de santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le commerce mondial de produits pharmaceutiques contrefaits représentait jusqu’à 200 milliards de dollars US en 2020. 

En Guinée, il y avait plus de 100 sociétés grossistes pour une population de 14 millions d’habitants, tandis que la France n’en comptait pas même dix. Ce nombre excessif de sociétés de répartition de médicaments favorisait le trafic et la corruption à toutes les étapes de la chaîne, y compris aux douanes, rendant la répression complexe.

En 2022, des journalistes du site Guineenews ont révélé que près de 70 % des médicaments vendus en Guinée étaient d’origine douteuse, contrefaits ou périmés. 

Les conséquences de cette situation sont souvent désastreuses : échecs thérapeutiques, augmentation des frais de santé, toxicomanie, aggravation des maladies et décès évitables. 

La prolifération des faux médicaments est souvent attribuée à l’accès limité aux pharmacies légitimes, aggravé par des inégalités géographiques et économiques.

3- Fermeture des boutiques de faux médicaments en Guinée : 

La fermeture des boutiques de faux médicaments est une nécessité impérieuse. Elle protège non seulement la santé publique, mais lutte également contre la criminalité liée à la vente de médicaments contrefaits. 

Après plus de 30 ans de désordre total, il est indéniable que c’est grâce au Conseil National du Rassemblement pour le Développement que la Guinée a réussi à mettre fin à la vente illicite de médicaments sur l’ensemble du territoire national. Cette prouesse mérite d’être saluée par tous les professionnels de santé en Guinée.

Pour pérenniser cet acquis, des mesures de contrôle rigoureuses doivent être mises en place, incluant des inspections fréquentes et une coopération étroite avec les forces de l’ordre dans tout le pays. 

Parallèlement, il est essentiel de sensibiliser les populations rurales aux dangers des faux médicaments pour les inciter à se tourner vers des pharmacies et des points de vente agréés. 

4- La nécessité d’une politique sanitaire proactive est indispensable pour renforcer cette mesure drastique : 

En effet, une politique sanitaire proactive est indispensable pour maintenir l’équilibre favorisé par l’arrivée du Conseil national du Rassemblement pour le Développement ( CNRD). 

Les jeunes pharmaciens doivent jouer un rôle clé dans l’amélioration de l’accès et la disponibilité des médicaments. Leur présence à l’intérieur du pays peut faire la différence en offrant des soins de qualité aux populations et en prévenant la dépendance aux sources douteuses, permettant ainsi de combler les ruptures de médicaments.

Les autorités administratives doivent élaborer des stratégies efficaces pour encourager les jeunes à s’installer à l’intérieur du pays en les octroyant des agréments et tous les documents nécessaires.

5- Encourager l’installation des jeunes pharmaciens à l’intérieur du pays pour maintenir l’équilibre : 

Pour favoriser l’installation des jeunes pharmaciens, le Ministère de la Santé, ainsi que le ministère du Budget et des Finances, doivent mettre en place des mesures incitatives. 

Aujourd’hui, les jeunes pharmaciens représentent plus de 70 % des pharmaciens en Guinée. Des subventions et des prêts à taux réduit peuvent alléger le fardeau initial d’installation.

Tout jeune pharmacien disposant d’au moins trois ans d’expérience pourrait bénéficier d’un prêt à taux réduit de 20 000 $ pour s’installer dans une ville de l’intérieur, en fonction de ses choix, sous réserve de la réalisation d’une étude approfondie des besoins locaux. 

Le remboursement de ce prêt serait échelonné sur trois ans, facilitant ainsi la gestion de sa dette tout en contribuant à la promotion de la santé publique.

Il est également essentiel d’organiser des concours d’intégration pour les jeunes pharmaciens et préparateurs en pharmacie dans la fonction publique. 

L’objectif serait de pourvoir toutes les pharmacies hospitalières, conformément à la pyramide sanitaire de notre pays, tout en leur offrant les avantages qui en découlent.

De plus, la création de commissions de suivi et d’évaluation aiderait ces jeunes pharmaciens dans leur travail. Des programmes de formation adaptés et séquentiels seraient également essentiels pour leur permettre d’acquérir des compétences dans des domaines tels que le marketing en santé publique, le SIGL, l’e-SIGL, la gestion intégrée…

Conclusion

La lutte contre les faux médicaments ne peut se limiter à la fermeture des boutiques illégales. Elle nécessite une stratégie intégrée, incluant des incitations fortes pour encourager les jeunes pharmaciens à s’installer à l’intérieur du pays.

La coordination des efforts entre les différentes parties prenantes (Ordre des pharmaciens, Direction Nationale de Pharmacie et de Médicaments, le ministère de la Santé, le ministère du Budget et des Finances, la police, la douane, la gendarmerie… ) est essentielle pour réaliser cette vision.

Dr. Karamo Kaba 

Spécialiste en Gestion des Services de Santé.

Pharmacien Rétrovirologue Écrivain Auteur 

Tatakaba66@gmail.com

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