La naltrexone contre la dépendance à l’alcool, trop de modération…
The American Journal of Psychiatry consacre un éditorial à la naltrexone, médicament (inhibiteur des opiacés) prescrit d’abord contre les toxicomanies aux opiacés puis son indication s’est ensuite étendue à la dépendance à l’alcool. Mais, déplore l’éditorialiste, la prescription de naltrexone en cas d’abus d’alcool continue d’être sous-utilisée par les médecins, bien que l’alcoolisme représente l’un des problèmes de santé les plus dévastateurs aux États-Unis et ailleurs…
L’auteur précise : si les décès liés aux opioïdes attirent davantage l’attention, l’alcool serait responsable d’au moins 80000 morts par an (aux seuls USA). On estime qu’une consommation d’alcool excessive toucherait environ « 20 % des adultes aux États-Unis », et la pandémie de Covid-19 a « exacerbé la consommation problématique d’alcool, notamment chez les femmes. »
Particulièrement efficace dans certaines populations
Pourtant, les moyens de lutte contre la dépendance à l’alcool ne manquent pas : l’autorisation de mise sur le marché de la naltrexone remonte à une trentaine d’années, sa formulation injectable à action prolongée est disponible (aux États-Unis) depuis 2006, et des groupes de soutien (Alcooliques Anonymes) existent depuis près d’un siècle. L’auteur précise qu’en tant qu’antagoniste des opioïdes, la naltrexone modifie la libération de dopamine après la consommation d’alcool et contribuerait ainsi à lutter contre l’état de manque et l’euphorie imputables à la consommation d’alcool.
Sa prescription pourrait constituer une intervention particulièrement efficace chez les sujets avec une consommation excessive d’alcool ayant souvent des difficultés pour s’engager dans un traitement, comme les étudiants ou les hommes de minorités sexuelles et de genre (SGM). Pour ces populations (des SGM), la lutte contre la dépendance à l’alcool constitue un défi thérapeutique d’autant plus important qu’on constate une association entre consommation excessive d’alcool et comportements sexuels à risque, relativement au virus du SIDA.
Tempérance chez les cliniciens
L’auteur conseille donc de redoubler d’efforts pour former les cliniciens sur les utilisations et l’efficacité de la naltrexone : sur le modèle des formations déjà engagées (aux États-Unis) pour inciter les cliniciens à prescrire des médicaments contre les troubles liés aux opioïdes, il préconise de développer des efforts similaires pour encourager tous les cliniciens (des psychiatres aux cliniciens de soins primaires) à prescrire de la naltrexone contre l’abus d’alcool.
Une formation d’autant plus nécessaire que les cliniciens interrogés sur la naltrexone signalent qu’ils ne sont pas familiarisés avec son utilisation, et que certains pensent que le patient doit suivre un programme dédié à la toxicomanie pour recevoir ce médicament. L’objectif de l’auteur semble toutefois très ambitieux, voire illusoire : « aider facilement (les sujets dépendants à l’alcool) avec une simple ordonnance » (easily help individuals with a simple prescription).
Source : JIM