« A 38 ans, j’étais célibataire et j’ai décidé de congeler mes ovocytes »

« A 38 ans, j’étais célibataire et j’ai décidé de congeler mes ovocytes »

En Suisse, de plus en plus de femmes congèlent leurs ovocytes de manière préventive. Cette tendance s’observe dans différents centres spécialisés sondés par l’émission 15 Minutes. Comment se déroule ce processus? Quelles sont les motivations de ces femmes? Deux d’entre elles témoignent.

Il y a le don d’ovocytes, destiné aux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Et il y a la congélation d’ovocytes, prévue pour une utilisation personnelle, plus tard dans la vie. Interdit en Suisse, le premier est actuellement discuté sous la Coupole fédérale.

La seconde pratique est non seulement autorisée, mais en augmentation. Au-delà des cas liés à une maladie, de plus en plus de femmes y recourent pour des raisons personnelles. Septante-cinq l’ont par exemple fait en 2021 au Centre de procréation médicalement assistée (CPMA) de Lausanne, contre 50 un an plus tôt. Le CHUV est lui passé de 18 patientes en 2020, à 25 l’an dernier.

En 2021, pour toute la Suisse romande, Fabien Murisier, directeur du CPMA de Lausanne, estime à environ 200 le nombre de patientes qui ont congelé leurs ovocytes pour raisons personnelles. La tendance est là, même si la situation reste incomparable par rapport à des pays comme les Etats-Unis.

Eviter la pression

Estelle* a 44 ans et deux enfants. Le premier est né de façon naturelle, le deuxième par fécondation in vitro (FIV), au moyen d’ovocytes congelés cinq ans auparavant: « J’étais célibataire et engagée professionnellement », explique-t-elle. « J’avais envie de rencontrer un homme sans me mettre de pression ni à moi-même, ni à lui, pour avoir des enfants. Cela m’a permis de me détendre. »

Une démarche que son compagnon a mis du temps à accepter: « Je partais du principe qu’un couple qui devait avoir recours à une FIV avait des problèmes médicaux. Or ce n’était pas le cas ici. »

« Je mets les chances de mon côté »

Virginie*, médecin de 36 ans, a, elle aussi, mis ses ovocytes au froid, en guise d’assurance fertilité. Elle espère toutefois ne pas devoir y recourir: « Je préférerais pouvoir l’éviter. J’ai des amies et des collègues qui sont passées par la fécondation in vitro. C’est dur et c’est lourd (…) Je mets les chances de mon côté pour le futur. »

Voici ce qui a encouragé sa démarche: « J’avais 34 ans et je venais de me séparer. J’ai un désir d’enfant depuis que je suis toute jeune. » C’est sa gynécologue qui l’a encouragée: « Elle voyait que ma carrière prenait beaucoup de place. Et donc elle me l’a proposé spontanément. »

Anesthésie générale

La vitrification d’ovocytes est un processus qui a laissé des souvenirs à ces deux femmes. Estelle raconte: « Cela commence par une rencontre avec un médecin. On doit faire des piqûres pour la stimulation ovarienne. » Virginie ajoute: « Ce n’est pas très agréable. Il y a une certaine lourdeur dans le bas-ventre parce que les ovocytes grossissent. A ce moment-là, on se demande pourquoi on s’inflige cela. »

« Ce traitement effectué, on subit une anesthésie générale et les ovocytes sont retirés », poursuit Estelle. « C’est plus simple pour les hommes. Si on pouvait pondre des ovocytes, ce serait pas mal », ironise Virginie.

Le nombre d’ovocytes retirés varie d’une femme à l’autre. Pour elle, c’était huit, pour Estelle 16. Ils sont ensuite stockés à -195 degrés, dans des bonbonnes d’azote liquide.

Environ 300 francs par an, pour dix ans

A l’aspect médical, s’ajoute la dimension financière. Car tout est à la charge des patientes. « Une congélation coûte environ 6000 francs. De même pour une FIV », rapporte Estelle. Les frais de stockage en font partie, « environ 300 francs par année », précise Virginie.

La durée du stockage est limitée. La loi suisse ne permet pas de conserver ses ovocytes pour raisons personnelles au-delà de 10 ans. « En général, les patientes les congèlent lorsqu’elles ont entre 35 et 40 ans », observe Fabien Murisier. Une manière de limiter l’âge de la maternité? « De manière indirecte, oui. On considère qu’une grossesse après 47 ou 48 ans représente certains risques », répond le directeur du CPMA de Lausanne.

Sentiment de gaspillage

Selon lui, la part des congélations dépasse largement celle des décongélations, soit le moment où la femme décide de recourir à ses ovocytes. Estelle connaît bien le processus: « Sur les 16, six ont pu être utilisés pour la suite du processus. » Sur ces six, seuls deux se sont avérés efficaces. L’un a permis à la femme de tomber enceinte. Quant à l’autre? « Ce serait bien si on pouvait en faire profiter un autre couple », répond Estelle. A l’heure actuelle, c’est impossible en Suisse. Il est voué à être détruit, reconnaît-elle.

Virginie tient un discours similaire. Actuellement enceinte, elle n’a pas eu besoin de passer par une FIV. Ses ovocytes sont toujours congelés: « C’est très déprimant de se dire qu’on pourrait les détruire. » Les donner aurait plus de sens, estime-t-elle.

Problème sociétal?

La vitrification d’ovocytes pour raisons personnelles ne va pas sans poser certaines questions. « Cette avancée, c’est très bien, car cela enlève de la pression aux femmes qui le font », observe Dorothea Wunder, gynécologue au CPMA de Lausanne et membre de la commission nationale d’éthique dans le domaine de la médecine humaine. « Mais le problème n’est pas résolu, car c’est un problème sociétal. On fait un traitement pour une femme qui est a priori fertile. A mon avis ça ne va pas bien ».

« Dans le milieu professionnel, un homme avec deux enfants est vu comme positif, ce qui n’est pas le cas pour une femme. » Or, avec un changement sociétal, ne se poserait plus la question de la congélation d’ovocytes, selon elle.

*prénoms d’emprunts

Coraline Pauchard et Guillaume Rey

Source : rts.ch

actusantemag

Site santé

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