Le paracétamol favorise les comportements à risque, selon une étude

Le paracétamol favorise les comportements à risque, selon une étude

Le paracétamol permet de soulager des douleurs de tout type (maux de tête, douleurs dentaires ou articulaires, états grippaux, règles douloureuses, etc.). Il est bien toléré à tout âge et présente de très rares effets indésirables et contre-indications. Pourtant, une étude suggère que ce médicament pourrait induire des comportements à risque chez ses consommateurs.

L’acétaminophène, plus communément appelé paracétamol, est un analgésique et antipyrétique. Il est accessible sans ordonnance et utilisé dans plusieurs centaines de médicaments. C’est l’antalgique le plus consommé en France et dans le monde. Il agit assez rapidement, une vingtaine de minutes après sa prise, et pendant quatre heures environ. Son mode d’action dans la douleur et la fièvre reste cependant mal connu. Des recherches récentes ont suggéré que les effets du paracétamol incluent l’atténuation des affects négatifs et positifs. On parle alors de se sentir blessé, de ressentir de l’empathie ou même de la joie. L’affect est un facteur déterminant de la perception et de la prise de risque. Des chercheurs de l’Université d’État de l’Ohio ont alors testé l’hypothèse selon laquelle une consommation aiguë de paracétamol pourrait influencer ces décisions importantes. Ils ont publié leurs résultats en 2020 dans la revue Social Cognitive and Affective Neuroscience .

Le paracétamol modifie la perception d’activités réputées dangereuses

Les effets du paracétamol sur la prise de risque ont été testés dans trois études expérimentales distinctes, en double aveugle et contrôlées par placebo, incluant au total 545 étudiants. Dans l’une de ces études, 189 individus ont reçu 1 gramme de paracétamol. Ceci correspond à la dose généralement recommandée pour un mal de tête chez l’adulte. Si ce n’était pas le médicament, ils recevaient un placebo de même apparence. On a attendu que le médicament fasse effet. Puis, les participants ont évalué sur une échelle de 1 à 7 le risque qu’ils pensaient encourir lors de diverses activités.

On a comparé les résultats avec les personnes ayant reçu le placebo. Cela a montré que celles qui avaient pris du paracétamol jugeaient moins risquées des activités réputées « dangereuses » (comme le saut à l’élastique, le fait de rentrer seul chez soi le soir dans un quartier dangereux ou le fait de prendre un cours de parachutisme).

« Près de 25 % de la population américaine prend de l’acétaminophène chaque semaine. Une perception réduite des risques et une prise de risques accrue pourraient alors avoir des effets importants sur la société »,souligne Baldwin Way , co-auteur de l’étude et professeur agrégé de psychologie à l’Ohio State University. En France, on vend près d’un milliard de boîtes de paracétamol chaque année. Il représente à lui seul 22 % du marché du médicament.

En plus du questionnaire dédié à la perception du risque, on a invité les participants à exécuter une tâche spécifiquement conçue pour évaluer les comportements à risque. Cette tâche s’inscrit dans le cadre conceptuel de l’équilibre entre le potentiel de récompense et de perte.

Une réduction de l’anxiété, entraînant une plus grande prise de risque

Dans cette tâche, nommée Balloon Analog Risk Task (BART), le participant se voit offrir la possibilité de gagner de l’argent en gonflant un ballon (visible sur un écran) d’un simple clic sur un bouton. Chaque clic entraîne le gonflement progressif du ballon et l’ajout d’argent au compteur, jusqu’à un certain seuil à partir duquel le ballon éclate. Ainsi, chaque nouveau clic confère un plus grand risque, mais aussi une plus grande récompense potentielle. Les participants disposaient de 30 essais.

Les résultats ont montré que les participants qui avaient pris du paracétamol au préalable avaient davantage tendance à choisir de continuer à gonfler le ballon. Par conséquent, ils finissaient par faire éclater leur ballon plus souvent que les participants ayant pris le placebo. En plus des diminutions de la perception du risque, il y a probablement l’implication d’autres processus psychologiques ici.

paracétamol et l’augmentation de la prise de risque. « L’acétaminophène semble faire en sorte que les gens ressentent moins d’émotions négatives lorsqu’ils envisagent des activités à risque. Ils n’ont tout simplement pas aussi peur », a déclaré Way. L’effet sur la perception des risques est d’autant plus important que ces risques sont chargés d’affect.

Les résultats de cette étude soulève quelques inquiétudes quant à l’usage de ce médicament si populaire dans la vie courante. Comme le soulignent les chercheurs, le paracétamol est par exemple le traitement recommandé pour soulager les premiers symptômes de la COVID-19 . « Peut-être qu’une personne présentant des symptômes légers de COVID-19 ne pense pas prendre tant de risques en quittant sa maison et en rencontrant des gens si elle prend de l’acétaminophène », avertit le professeur.

En outre, cet effet méconnu pourrait impacter directement plusieurs activités quotidiennes. La conduite de véhicules, par exemple, implique une perception et une évaluation constante des risques. Ceci pourrait être modifié par la prise de ce médicament a priori inoffensif. « Nous avons vraiment besoin de plus de recherches sur les effets de l’acétaminophène et d’autres médicaments en vente libre sur les choix et les risques que nous prenons », conclut le spécialiste.

Rappelons que chez l’adulte, la dose maximale recommandée en l’absence d’avis médical est de 1 gramme par prise, 3 fois par jour, en espaçant les prises d’au moins 6 heures. À des doses plus élevées, le paracétamol peut s’avérer toxique pour le foie et avoir des conséquences graves. Selon l’ANSM , la mauvaise utilisation du paracétamol est la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France.

Source : science-et-vie.com

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