Médécine

Vers un vaccin contre le sida ? La technologie de l’ARN Messager utilisée contre le coronavirus relance la recherche

Les chercheurs étaient face à un mur dans la recherche d’un vaccin contre le virus HIV responsable du sida mais une brèche s’est ouverte et l’espoir avec elle. La technologie à ARN Messager utilisée notamment par Pfizer/BionTech et Moderna pour contrer le virus responsable du Covid 19 (SARS-COV-2) pourrait en effet s’avérer efficace contre le syndrome d’immunodéficience acquise.

Le HIV, qui appartient à la famille des rétrovirus, ne s’attaque pas seulement au système immunitaire autrement dit à notre bouclier contre les virus et autres agents pathogènes, il a cette particularité de s’intégrer dans notre système immunitaire, dans notre ADN (acide désoxyribonucléique) et de le bloquer. Et si ce n’était pas suffisant, le virus responsable du sida mute très vite au niveau de sa protéine d’enveloppe qui lui permet de s’accrocher aux cellules cibles.

Le HIV mute d’ailleurs bien plus vite que le SARS-COV-2 responsable des cas de coronavirus qui se sont multipliés dans le monde depuis un peu plus d’un an. Un véritable cauchemar pour les chercheurs et les 38 millions de personnes infectées par le virus du sida à travers le monde car ces spécificités ont rendu la création d’un vaccin efficace impossible jusqu’ici.

Selon le professeur Nathan Clumeck, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre à Bruxelles, « la difficulté avec le HIV, c’est qu’on ignore quel est le mécanisme immunitaire le plus efficace pour lutter contre lui. Si on veut détruire les cellules infectées par le HIV, il faut non seulement créer des anticorps (cellules B) qui neutralisent le virus mais aussi faire en sorte de stimuler l’immunité des cellules tueuses (cellules T). Il faut les deux. « 

Et l’ARN Messager dans tout ça ?

Notre génome -l’ensemble de nos chromosomes et de nos gènes- contient le plan de fabrication de chaque protéine dont nos cellules ont besoin pour fonctionner. Ces plans originaux des protéines (codes) sont précieux et ils vont donc rester bien au chaud dans le noyau cellulaire. Le hic, c’est que les ribosomes responsables de la fabrication des protéines sont eux à l’extérieur du noyau. Comment dès lors transmettre le plan de fabrication, le code, au ribosome ? C’est là que ça devient génial : le plan de fabrication de la protéine est copié et c’est cette copie qui est envoyée au ribosome. Cette copie du plan, ce mode d’emploi, ce code, c’est l’ARN Messager.

Ce mode de fabrication des protéines a été utilisé par les scientifiques pour produire un nouveau type de vaccin, les vaccins à ARN Messager. On n’inocule plus un agent infectieux désactivé dans l’organisme pour provoquer la création d’anticorps comme on le faisait jusque-là, mais on inocule un ARN Messager, une copie d’un plan, pour que nos cellules fabriquent elles-mêmes l’agent contre lequel elles doivent se défendre.

Dans ce cas, le code transmis à la cellule sera : « Fabrique un antigène » (un corps étranger contre lequel la cellule va apprendre à se défendre en fabriquant des anticorps). Mais on peut aussi ordonner à la cellule : « Fabrique un anticorps » (la cellule va alors directement fabriquer l’anticorps). Avec le vaccin à ARN Messager, le mécanisme de fabrication des protéines a été détourné avec l’objectif de protéger spécifiquement l’organisme contre tel ou tel virus, comme le HIV ou le SARS-COV-2

« Pour résumer, précise encore le professeur Nathan Clumeck, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre à Bruxelles, dans le cas du virus responsable de la pandémie de Covid actuelle, une immunité forte par anticorps suffit. On va injecter l’ARN Messager. Il va permettre de construire un morceau de protéine du virus (protéine Spike présente à la surface du virus). Quand elle sera produite, notre organisme va considérer la nouvelle protéine comme étant un antigène (un corps étranger) et elle se mettra à produire des anticorps pour la détruire. » Et si plus tard, notre organisme doit affronter le SARS-COV-2, il sera armé pour y faire face et le neutraliser.

Vers une immunité efficace contre HIV

« Et dans le cas du HIV, actuellement étudié avec le modèle SIV du singe, conclut Nathan Clumeck, on injecte de l’ARN Messager et on lui dit cette fois : ‘fabrique directement les anticorps neutralisants’. Autrement dit, on saute une étape puisque les cellules produisent directement des anticorps (et pas des antigènes dont la présence pousse notre organisme à produire des anticorps). Cela écrit, une autre technique permet cette fois de créer des antigènes de membrane. » Toutes ces technologies vont permettre à l’organisme d’opposer une immunité suffisante au HIV.

Si l’ARN Messager est un succès chez l’animal, il doit encore être testé sur les humains, ce qui prendra du temps. Mais l’espoir de trouver enfin un vaccin contre le HIV est bien ravivé, presque 40 ans après la découverte du virus : l’espoir d’un vaccin préventif qui empêcherait la transmission du virus mais aussi d’un vaccin curatif pour les personnes qui ont développé la maladie.

Les perspectives sont d’ailleurs bien plus importantes puisque l’ARN Messager pourrait permettre de mettre au point non seulement des vaccins mais aussi des thérapies qui cibleraient par exemple des maladies comme le cancer du sein.

Source : Rtbf

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