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Témoignage : « Eh Oui, j’ai bien été malade du COVID 19 » Antoine Kourouma

Beaucoup l’ignorent, ce qui est normal, je n’avais pas rendu la nouvelle publique. J’ai été malade du coronavirus, et je vais vous dire ce que j’ai vécu et pourquoi j’ai préféré la discrétion.

Certains se souviennent encore, nous (l’équipe des GG) avions passé des tests, au mois de mars, pour nous rassurer sur nos différents statuts sérologiques. Les résultats, à l’époque s’étaient avérés négatifs pour certains et positifs pour d’autres, je faisais partie du premier lot, j’avais d’ailleurs porté l’information sur la place publique, ce qui avait réjoui plus d’un.

Trois semaines après, j’avais commencé à me sentir bizarre, d’abord une fatigue générale, des douleurs physiques atroces, surtout au dos et aux pieds, ensuite la perte de l’appétit puis des maux de tête. 

Puisqu’à mon entendement j’étais déclaré négatif, donc ça pouvait être tout sauf cette pandémie. Alors je me suis bombardé de produits contre le1 palu et la fatigue, c’était peine perdue. Cela a duré 3 jours, avant que les douleurs ne s’arrêtent toutes seules. Un seul symptôme persistait, le manque de goût ou d’appétit. Mon ami Oury de Gangan venait de sortir de l’hôpital, je l’ai appelé pour lui poser des questions sur les symptômes du COVID 19. Tout ce qu’il m’a dit était identique à ce que j’ai vécu. Dès le lendemain lundi, j’ai pris rendez-vous au CTE de Nongo pour un test avec ma femme. 3 jours après j’ai été appelé.

Le résultat de mon épouse était négatif et le mien n’était pas encore disponible. Toute la journée j’étais anxieux, jusqu’à 19 heures, lorsque mon téléphone crépita, à nouveau, une seule phrase a réussi à me gâcher la soirée. « Monsieur Kourouma, les nouvelles ne sont pas bonnes, votre test s’est avéré positif » la suite, je ne voulais plus l’écoutée, le plat que je me préparais à manger, je l’ai mis de côté. Ma femme très inquiète s’est approchée de moi pour me soulager, j’étais comme déprimé. Sur le coup j’ai appelé le professeur SOW de l’hôpital Donka qui m’a conseillé de me rendre dès le lendemain au centre. Dès 7 heures du matin, j’étais en route pour Donka pour me présenter. De 10heures c’est finalement à 16 heures que j’ai été reçu dans la cabine 12.

Pourquoi je n’ai pas voulu en parler ?

Seul mon entourage était au courant de ce qui m’arrivait, pour une simple raison. Avant moi, certains amis journalistes ont été hospitalisés durant au moins deux semaines et à travers nos échanges je me suis rendu compte qu’on n’avait pas rendu service à certains en rendant public leurs résultats. Par exemple, la famille de cet ami que je ne vais pas citer qui a été victime de discrimination dans son quartier. Seule avec son bébé de 8 mois, la femme de ce dernier était indexée par les voisins comme une menace, tout le monde la fuyait, même les enfants qu’elle envoyait en commission refusaient d’y aller. Leur voisin immédiat à l’étage avaient quitté pour un temps, malgré les liens qu’ils partageaient depuis toujours.

Ayant cela à l’esprit, je me suis dit qu’il ne fallait pas prendre le risque de faire subir cela à ma petite famille qui était innocente. Je me suis mis à la place de cet ami et j’ai compris ce qu’il devait ressentir. J’ai donc préféré gérer ce mal en privé avec la famille, des amis proches et quelques collègues de service qui avaient compris et qui ont respecté ce voeux.

Du 31 Mars au 9 Avril j’étais à l’hôpital Donka où j’ai pu découvrir pleines de choses liées à cette maladie mais surtout des choses liées à la vie humaine. Je ne présentais plus de symptômes à mon arrivée au CTE, j’avais l’impression de me reposer à l’hôpital. J’étais entre lecture, écriture, marche, causerie et appels téléphoniques. 

Les consignes étaient claires « pour sortir vite, il faut boire beaucoup d’eau, manger beaucoup, faire du sport et prendre ses produits » j’ai tenté d’obéir à cela et j’y suis parvenu puisque le premier test, après 8 jours à été concluant, on m’a déclaré négatif dans la nuit du 9 Avril et cette même nuit, malgré le couvre feu à 21 heures, je suis rentré chez moi. Entre 20h 40 et 23 heures, j’ai traversé 15 barrages de gendarmes et de policiers.

J’ai été symptomatique à la maison et asymptomatiques à l’hôpital, j’ai donc vécu la maladie sans le savoir. A Donka, j’y ai trouvé des personnes très affectées par la maladie et d’autres qui étaient aussi asymptomatiques mais qui ont passé plus d’un mois au centre, après plusieurs tests. Beaucoup ont perdu la vie, durant mon séjour et certains ont été à deux doigt d’y rester. 

Lorsque vous entendez des pleurs la nuit, vous ne pouvez plus fermer les yeux, vous êtes plongés dans des réflexions interminables, pensant à ce qui aurait pu vous arriver.

4 mois après mon départ de l’hôpital, je brise le silence, pour rendre ce témoignage et dire aux guinéens de rester prudents car nul n’est immunisé contre ce mal. On peut-être négatif aujourd’hui et demain être déclaré POSITIF. Seuls le courage, la foi en Dieu et le soutien des autres vous aident à ne pas succomber. Certes, le coronavirus n’est pas une fatalité mais parfois, le comportement de certains à l’égard des malades vous rend davantage malade.

Je veux donc profiter pour remercier, à nouveau, le seigneur pour ses biens faits. Je veux remercier à nouveau mon épouse, pour la force et le courage dont elle a fait montre durant cette période. Remercier à nouveau ma famille pour son soutien inlassable, mon père, mes tantes, mes oncles, mes frères et sœurs, mes cousins, mes cousines, ma belle famille…

Je n’oublie pas mes collègues de service, bref tous ceux qui m’ont apporté leur soutien quand ils ont appris la nouvelle. Aux autres qui n’ont pas pu le faire, je vous remercie également, parceque vous l’auriez fait, si vous l’aviez sû.

Respectons les gestes barrières

Antoine Kourouma, journaliste, administrateur général du site guineepanorama.com

Catégories :Actualités

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