Médécine

Longévité familiale, la thyroïde peut-être

Une grande longévité est associée à des taux un peu plus élevés par rapport à la population générale, de la TSH en l’absence de modification du dosage des hormones thyroïdiennes circulantes et indépendamment de toute pathologie thyroïdienne ou facteur confondant.

Ceci avait déjà été repéré dans des familles dont l’une des caractéristiques était d’avoir une longévité importante. Une étude de gériatres néerlandais avec participation d’un groupe danois de gérontologie a formulé l’hypothèse d’une moindre sensibilité de la glande thyroïde des membres de ces familles à forte longévité à la stimulation par la TSH. Ceci en l’absence de toute pathologie thyroïdienne décelable.

Ils ont sollicité la cohorte gériatrique néerlandaise LLS ( Leiden Longevity Study). Il s’agit d’une cohorte dont l’observation a été mise en place en 2002 aux Pays-Bas pour explorer le phénotype et le génotype des familles ayant une grande longévité. 

Une première et une seconde génération sont déjà disponibles. Les premières générations ont permis de caractériser la longévité familiale et la deuxième génération a pu, pour sa part, participer à l’étude. Les personnes de cette deuxième génération sont évidemment moins âgées. Les âges moyens pour la première génération sont de 89 ans chez les hommes et de 91 ans chez les femmes, avec des âges beaucoup plus élevés pour les extrêmes. Le groupe contrôle est représenté par des individus ayant les mêmes caractéristiques de style de vie et socio-économiques que la deuxième génération de la cohorte LLS mais n’ayant pas de prédisposition familiale à une grande longévité.

Les participants à l’étude ont été caractérisés au plan clinique et biologique notamment en ce qui concerne la composition corporelle. Aucun n’avait de pathologie susceptible d’altérer la fonction thyroïdienne ou de modifier la réponse biologique à la TSH. Les patients porteurs d’anticorps anti thyroïdiens ont été exclus du protocole.

Pic plus marqué après injection de TSH recombinante

Tous ont reçu une injection de TSH recombinante intramusculaire. Les dosages de TSH ainsi que des hormones thyroïdiennes T3 et T4 et de la thyroglobuline ont été renouvelés toutes les 15 minutes durant la première heure puis toutes les 30 minutes jusqu’à la troisième heure enfin toutes les heures entre la troisième et la huitième heure. Ce protocole de dosage était particulièrement rigoureux et surveillé. Il ne correspond pas aux standards habituels des tests de stimulation classiquement utilisés en oncologie thyroïdienne (test au Thyrogen) et permet de pallier les phénomènes de variations intra et inter individuelles pour les dosages biologiques après la stimulation par la TSH recombinante.

Au départ 83 personnes avaient été sollicitées pour cette étude. Finalement, après toutes les exclusions, les refus, les abandons, il restait 29 sujets inclus dans l’analyse : 14 du groupe de seconde génération de la cohorte LLS et 15 du groupe témoin.

Les données anthropométriques et biologiques standard sont comparables dans les deux groupes hormis une discrète augmentation de la TSH basale comme prévu. On constate aussi dans le groupe LLS, une petite diminution probablement non significative de la masse grasse et une petite augmentation non significative de la masse maigre. Concernant les données démographiques, l’âge moyen des parents pour le groupe LLS est de 93 ans pour le père et la mère. L’âge moyen des parents du groupe témoin se situe entre 75 et 78 ans avec des extrêmes allants de 61 à 85 ans. Dans les deux groupes, il y a un tout petit delta pour le sexe ratio en faveur des femmes comme il est habituel. En revanche, les personnes du groupe deuxième génération LLS, ayant effectivement participé à l’étude, avaient un âge moyen de 69 ans, identique à l’âge moyen dans le groupe témoin.

Sur le plan biologique, le taux de TSH atteint un pic un peu plus élevé dans le groupe LLS que dans le groupe témoin. Toutefois l’aire sous la courbe est identique pour les deux groupes.

Les auteurs ont plus précisément, calculé le ratio (aire sous la courbe ou AUC) de AUC LT4 et de AUC TSH afin de mieux comparer les deux groupes : la réponse du groupe témoin est meilleure que celle du groupe LLS. Il y a une tendance identique pour le ratio AUC T3 et AUC thyroglobuline sur AUC TSH mais avec des différences non significatives après ajustement à l’âge et au sexe.

Il apparaît ainsi une différence quant à la sensibilité de la glande thyroïde entre les deux groupes. La glande thyroïde des membres de la cohorte avec forte longévité familiale a une moindre sensibilité à la TSH. En revanche les taux de T4 et TSH basaux sont équivalents entre les deux groupes.

Le comportement de la TSH dans le groupe LLS avec un pic post-injection plus important ne trouve aucune explication et les auteurs ne comprennent pas bien les implications de ce phénomène (reprise des données en fonction du sexe, de l’âge de la composition corporelle etc. : ce comportement de la TSH recombinante injectée reste, à vrai dire, mystérieux).

Une tentative d’explication dont on ne peut tirer de conclusion

Dans la discussion, il est dit que dans certains modèles animaux les taux élevés d’hormones thyroïdiennes ont une relation négative avec la longévité.

Cette étude va un peu plus loin pour l’explication de la relation entre TSH discrètement élevée avec hormones thyroïdiennes basses et longévité familiale en laissant soupçonner une moindre sensibilité de la glande thyroïde à la stimulation par la TSH avec toutefois une interrogations supplémentaire : quelle est l’origine de cette augmentation significative du dosage de TSH lorsqu’on injecte (en intramusculaire) la même dose dans le groupe LLS versus le groupe témoin. Il apparaît bien une modification du rapport T4/TSH dans le groupe LLS.

Les auteurs insistent sur la rigueur méthodologique en ce qui concerne les prélèvements de laboratoire, la sélection des patients qui avaient tous, les mêmes caractéristiques avec très peu de médicaments ou de pathologies notamment aucune pathologie susceptible d’avoir une influence sur la fonction thyroïdienne ou la réponse à la TSH. Ils regrettent de ne pas avoir inclus un groupe placebo.

Il a été vérifié que le comportement alimentaire des patients était identique notamment dans les jours et heures qui ont précédé les prélèvements. Les auteurs se sont posé la question du métabolisme (métabolisme hépatique) de la TSH recombinante avec des phénomènes d’induction possibles par l’alcool mais il n’y avait pas non plus de différence entre les groupes sur ses items.

Cette étude n’apporte donc pas d’explication et laisse la porte ouverte à des études complémentaires sur le rôle extra thyroïdien de la TSH qui reste peu étudié. Le récepteur de la TSH est exprimé dans d’autres tissus que la glande thyroïde notamment, l’os, le tissu adipeux le cerveau et le thymus. Les auteurs ont prévu des explorations dans ce sens. Ils se sont aussi posé la question du métabolisme des hormones thyroïdiennes qui pourrait être différent entre les deux groupes. La T4 peut avoir un parcours métabolique complexe avec des phénomènes de conversion dans divers tissus vers la L-T3 ou la reverse-T3. La T4 suit un cycle entérohépatique dont les variations peuvent moduler son turnover,…

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