Médécine

Véronique Kerlan : « Les femmes diabétiques sont particulièrement à risque cardiovasculaire »

 

En matière de diabète, hommes et femmes ne sont pas égaux. La thématique « Femmes et diabète » était d’ailleurs le fil rouge de la dernière Journée mondiale du diabète. Les spécificités du diabète au féminin concernent surtout deux domaines : les maladies cardiovasculaires et la vie génitale, avec bien sûr un impact sur la grossesse.

Si l’on compte plus d’hommes que de femmes diabétiques (6,7 % versus 4,4 % dans l’étude ObÉpi), ces dernières sont plus souvent hypertendues, obèses, ont plus fréquemment une dyslipidémie associée, sont de plus faible niveau socio-économique et vivent plus souvent seules.

Dans l’inconscient collectif, les femmes sont moins victimes de maladie coronaire que les hommes. C’est vrai dans la population générale, ça l’est aussi chez les diabétiques. Du coup, les femmes sont moins dépistées alors que, d’après la dernière méta-analyse, publiée en mai, portant sur 68 études prospectives, si le diabète double le risque de décès par infarctus et AVC chez les hommes, il le triple chez les femmes, et le multiplie même par six dans la tranche des 35-59 ans. Un problème qui se pose avec d’autant plus d’acuité que le diabète concerne un nombre croissant de femmes jeunes qui fument et ont de ce fait plus de risque de faire un infarctus du myocarde. Il est donc essentiel d’avoir un message ferme sur le tabac, et d’être particulièrement attentif aux signes d’alerte, volontiers atypiques chez les femmes diabétiques, de type fatigue et essoufflement.

Les indications et les modalités du dépistage des pathologies ischémiques sont encore débattues, entre score calcique, tests fonctionnels ou scintigraphie. « Mais la vigilance s’impose pour ces femmes qui ont des artères coronaires plus fines et qui développent souvent des lésions plus diffuses et plus distales », insiste la Pr Véronique Kerlan (Brest).

Une évolution du profil des diabètes pendant la grossesse

Autre préoccupation spécifiquement féminine : la grossesse, avec un changement important depuis une quinzaine d’années du profil des femmes présentant un diabète prégestationnel (0,4 % des grossesses) : au début des années 2000, il s’agissait dans les deux tiers des cas d’un diabète de type 1 (DT1) ; désormais, deux fois sur trois, c’est un diabète de type 2 (DT2). En 2011, selon les données de l’Assurance-maladie, le DT1 concernait 0,16 % des grossesses, et le DT2 0,24 %.

Un nombre non négligeable de femmes ne sont pas diagnostiquées, ce qui souligne l’intérêt du dosage de la glycémie au cours du premier trimestre de grossesse afin d’éviter les risques pour le fœtus.

Il est également important de programmer les grossesses chez les diabétiques, en étant très stricts sur les critères (HbA1c < 6,5 %). Les diabétiques ont accès à l’ensemble des méthodes de contraception, à l’exception de celles ayant des facteurs de risque imposant une restriction sur les pilules œstroprogestatives. Le recours à un dispositif intra-utérin est tout à fait possible, le diabète n’exposant pas à une augmentation du risque infectieux. « La contraception fait partie de la consultation diabétologique », rappelle la Pr Kerlan.

Par ailleurs, pour répondre à une question fréquente des femmes, le risque de transmission du diabète est de 2 à 3 % pour le DT1, et de l’ordre de 30 % pour DT2. Dans le cadre de la programmation d’une grossesse, les diabétiques doivent recevoir une dose accrue d’acide folique : 5 mg/j au lieu de 0,4 mg/j dans la population générale. Il est également important de rappeler aux femmes qu’au cours de la grossesse les hypoglycémies non sévères sont sans conséquence sur la grossesse et sur l’enfant. En revanche, la cétose est un événement grave qui expose à une mortalité fœtale. Enfin, les diabétiques enceintes sont très exposées au syndrome d’apnées obstructives du sommeil, et il faut donc être vigilant.

Le débat autour du diabète gestationnel précoce

Autre entité, le diabète gestationnel (DG), qui concernait en France 8,6 % des grossesses en 2013, avec de grandes disparités d’un centre à un autre. « Il s’agit donc d’un problème fréquent, qui relève aujourd’hui d’un dépistage ciblé, souligne le Pr Kerlan. Plusieurs publications récentes ont attiré l’attention sur les différences entre le DG dépisté précocement avant la 22e semaine d’aménorrhée et celui dépisté de façon standard à la 26e ou 27e semaine, avec dans le premier cas un peu plus de césariennes, de macrosomie et de risque de développer un DT2 ultérieurement. Quant à l’impact de la prise en charge du diabète précoce, le niveau de preuve reste faible. »

« Enfin, poursuit la spécialiste, une publication récente ne nous incite pas à utiliser un antidiabétique oral à la place de l’insuline dans le DG : dans cette étude multicentrique française, le glibenclamide n’a pas fait la preuve de sa non-infériorité par rapport à l’insuline quant aux complications périnatales. Mais sa facilité d’utilisation et son faible coût pourraient inciter à une prescription pour certaines patientes. »

Source : lequotidiendumedecin.fr

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