Médecine légale : comment déterminer l’heure du crime ? 

 

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Médecine légale : comment déterminer l’heure du crime ? 

 

Avant de faire appel au médecin légiste, charge aux ambulanciers de déterminer si la victime est bien morte ! Plusieurs éléments permettent de constater le décès.

La personne est inconsciente et ne réagit pas au stimuli douloureux. Ses pupilles sont dilatées (mydriase) et ne réagissent pas à la lumière. Elle n’a pas de pouls ni de tension artérielle, elle ne respire plus1.

Des examens (ECG notamment) permettent de s’assurer du décès, en cas de doutes. Il y a un siècle, il fallait faire sans ces outils. En l’absence de pouls, les médecins plaçaient un miroir devant la bouche du présumé défunt pour voir s’il respirait encore. On raconte que les « croque-morts » croquaient quant à eux le gros orteil du mort pour confirmer son absence de réaction avant la mise en bière2.

Quelques heures après la mort

Dans les heures qui suivent le décès, le corps présente certains signes : la lividité cadavérique, la rigidité cadavérique et l’opacification de la cornée notamment.

La lividité cadavérique (livor mortis) correspond à des zones de coloration de la peau sur les parties déclives du corps. C’est la migration de l’hémoglobine avec la gravité qui donne ces nuances rouges à la peau. Les premières colorations apparaissent à partir de 3h et sont maximales au bout de 12h. A ce moment-là, elles commencent à se fixer définitivement1.

Les lividités sont également appelées « tâches de position » par les médecins légistes car elles leur donnent de précieux indices. Le corps a-t-il été déplacé ? Pour le savoir, il suffit d’observer la position des différentes tâches2…

La rigidité cadavérique (rigor mortis) touche les muscles de l’organisme. Elle débute 3h après le décès, par une contracture de la mâchoire et de la nuque. Puis progressivement, la rigidité descend dans le reste du corps. Les bras se recroquevillent tandis que les jambes se raidissent. Entre 6 et 12h, la rigidité est maximale.

Opacification de la cornée : Si les yeux sont ouverts, la cornée s’opacifie très vite après le décès. S’ils sont fermés, le processus prend 24h. Par ailleurs, une tâche noire apparait près de l’iris si les yeux sont restés ouverts.

Elément de datation : Le refroidissement du cadavre

La température du corps humain est d’à peu près 37°C. Après la mort, elle baisse progressivement jusqu’à atteindre la température ambiante, au bout de 24h. Si le cadavre est découvert au cours de ces 24 premières heures, sa température peut permettre de déterminer l’heure du crime.

Pour ce faire, le médecin légiste utilise le nomogramme de Henssge. En fonction de la température du corps, de la température ambiante et du poids du corps, ces abaques permettent de déterminer l’heure du décès. Pour que le résultat soit encore plus précis, le Pr Henssge a prévu des facteurs de correction adaptés à la situation du corps retrouvé (sous une couette ou dans une eau glacée…).

Un jour après la mort

Après 48h, un premier mécanisme de dégradation du corps intervient : l’autolyse. Il s’agit de la rupture de la membrane des cellules sous l’effet de transformations biochimiques. Pour comprendre, il faut revenir à la chute de l’oxygène dans l’organisme au cours du décès. Sans oxygène, pas d’énergie possible (sous forme de molécules d’ATP). Sans ATP, l’équilibre ionique de l’organisme est rompu et les membranes des cellules explosent.

Les fibres musculaires relâchent progressivement le calcium à l’origine de la rigidification du corps. Larigidité disparait progressivement à partir de 36h. Deux jours après la mort, le corps est de nouveau souple1,2.

Élément de datation : le potassium

Sous l’effet de l’autolyse, le potassium des cellules est libéré. Si le décès remonte à plus de 24h, doser ce potassium peut donner une estimation fiable de l’heure du crime. Les médecins légistes effectuent un prélèvement dans le corps vitré de l’œil pour mesurer la concentration de potassium.

Une semaine après la mort

Un autre mécanisme de dégradation intervient dans les jours qui suivent le décès : la putréfaction. Ce sont les micro-organismes du corps (bactéries, parasites, champignons) qui sont responsables de sa transformation à cette étape1.

Le premier signe de la putréfaction est l’apparition, au bout de 48h, d’une tâche verdâtre au niveau de l’abdomen. Puis, l’abdomen se gonfle sous l’effet des gaz produits. Ces derniers vont être évacués par les voies naturelles ou causer la rupture de l’abdomen.

Enfin, la prolifération bactérienne entraîne des décollements de la peau ainsi que des phlyctènes (lambeaux de peau) dans les parties déclives du corps. Parallèlement, les poils et cheveux commencent à tomber.

Elément de datation : Les microbes

En décembre 2015, une équipe de recherche américaine détaille dans le magazine Science une nouvelle technique de datation des corps2. L’étude explique que la population microbienne du corps évolue de manière prévisible après la mort. A un jour donné correspond un type de bactérie ou de parasite.

L’intérêt de la méthode ? L’évolution microbienne est indépendante des conditions de conservation du cadavre. Quel que soit l’état de décomposition du corps, les mêmes microbes peuvent être observés dans les mêmes proportions.

Les auteurs avancent que cette nouvelle technique pourrait estimer le décès à 2 ou 4 jours près sur 25 jours. Un vent nouveau souffle sur la médecine légale (et sur nos séries policières !).

Un mois après la mort

Dans les mois qui suivent la mort, le corps subit différents types de transformation en fonction du climat dans lequel il est conservé1.

– Si l’atmosphère est chaude et humide, la graisse du corps réagit avec l’eau (mécanisme de saponification). On assiste à la transformation adipocireuse du cadavre.

– Si le climat est sec, le corps va se dessécher prématurément. La peau se durcit et prend une teinte brunâtre. On parle cette fois de momification.

Elément de datation : les insectes

Le corps dégage des odeurs spécifiques au cours des différentes étapes de sa transformation. Plus ou moins perceptibles par l’hommes, ces odeurs attirent différentes espèces d’insecte (nécrophages, nécrophiles, opportunistes…). Les insectes nécrophages par exemple (mouches, taons…) se nourrissent du substrat du cadavre et y pondent leurs larves. Les espèces se succèdent « en escouade » selon une chronologie particulière2.

En recueillant et en étudiant les insectes qui se nourrissent sur un cadavre, les enquêteurs peuvent obtenir de précieuses informations sur le moment et les circonstances de la mort d’un individu. Cette discipline criminologique est appelée entomologie médico-légale.

Un an après la mort

Un an après la mort, le corps est probablement à l’état de squelette. Tout dépend en réalité des conditions dans lesquelles il est conservé. En climat tropical, la squelettisation peut prendre deux semaines. Ce même processus durera trois ans ou plus si le corps est soumis à un froid polaire1…

Elément de datation : les isotopes radioactifs

Comment estimer l’âge d’un squelette retrouvé par hasard ? Grâce à une technique de datation des isotopes radioactifs2.

Le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote sont des éléments chimiques courants qui possèdent des isotopes stables et radioactifs. Au cours de la vie, tous ces éléments sont absorbés par le corps via la respiration ou l’alimentation. Cette absorption cesse au moment du décès et les isotopes radioactifs commencent à se désintégrer.

Pour dater le squelette retrouvé, les scientifiques vont analyser et mesurer la quantité d’isotopes présent dans les os. Ils pourront aussi, grâce à cette méthode, déterminer différents aspects de la vie de l’individu décédé, tel que ses habitudes alimentaires ou son lieu de vie.

Pour en savoir plus sur le travail des experts médico-légaux, mettez-vous dans la peau de l’un d’entre eux en résolvant votre propre enquête !

Par Dr Almira Ayissi ( Dr en Thérapie naturelles et nutritionnelles )

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